Vendredi de la 23ème semaine du Temps de l'Eglise
Il suffit parfois d’une conversation de cinq minutes : nous savons exactement ce qui ne va pas chez notre voisin, notre collègue, notre conjoint, notre communauté, l’Église même… Pour nous-mêmes, c’est parfois un peu plus compliqué ! Jésus connaît bien cette mécanique. « Pourquoi regardes-tu la paille qui est dans l’œil de ton frère, alors que la poutre qui est dans ton œil, tu ne la remarques pas ? » L’image est volontairement énorme. Une poutre dans un œil, cela devrait normalement attirer l’attention ! Mais Jésus ne se moque pas simplement de notre aveuglement. Il nous révèle quelque chose de beaucoup plus profond : notre manière de regarder les autres dépend de ce qui habite notre propre cœur. Si je suis blessé, je peux voir une menace partout. Si je suis méfiant, je peux interpréter chaque parole. Si je suis orgueilleux, je repère très vite l’orgueil des autres. Et parfois, ce que nous reprochons aux autres est précisément ce que nous refusons de reconnaître en nous.
Voilà pourquoi Jésus ne dit pas : « Ne corrigez jamais votre frère. » Il dit : « Enlève d’abord la poutre de ton œil. » Il ne condamne pas le regard qui aide. Il veut simplement que ce regard devienne un regard de miséricorde plutôt qu’un regard de supériorité. Le pape François le rappelait en commentant ce passage : la correction fraternelle n’est possible que si elle est portée par un regard de sollicitude et non de condamnation.
Le regard de Dieu n’est pas le regard de celui qui cherche la faute. C’est le regard de celui qui cherche encore la personne derrière la faute. Ce n’est pas le regard de celui qui enferme dans le passé. C’est le regard de celui qui voit encore un avenir.
Et la première lecture nous montre quelque chose d’étonnant chez Paul. « Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! » Paul ne parle pas comme quelqu’un qui aurait trouvé une occupation intéressante. Il parle comme quelqu’un qui a été saisi par le Christ. L’Évangile n’est pas pour lui une idée supplémentaire, une activité parmi d’autres. C’est devenu la lumière à partir de laquelle toute sa vie prend sens.
Et c’est là que le renouvellement de notre baptême prend tout son sens aujourd’hui. Car le baptême n’est pas simplement un souvenir religieux de notre enfance. Nous avons été plongés dans l’eau. Nous avons été marqués du signe du Christ. Nous avons reçu la lumière. Nous sommes devenus membres d’un peuple, d’une famille, d’un corps. Et cette grâce nous précède toujours. Nous ne devenons pas chrétiens parce que nous avons réussi à être de bons chrétiens. Nous sommes d’abord des êtres aimés, sauvés, appelés. Puis vient notre réponse.
C’est ce que nous allons faire tout à l’heure en renouvelant les promesses baptismales : redire notre renoncement au mal et notre foi au Christ. Mais peut-être pouvons-nous les entendre autrement qu’une simple formule que nous répétons parce que nous la connaissons. Renoncer au mal, c’est aussi renoncer à certains regards. Au regard qui juge avant d’écouter. Au regard qui enferme une personne dans son erreur. Au regard qui ne sait plus espérer. Au regard qui transforme une blessure en condamnation définitive.
Et professer notre foi, c’est dire : je crois que la lumière du Christ est plus forte que mes ténèbres. Je crois qu’il peut éclairer ce que je ne comprends pas. Je crois qu’il peut guérir ce que je ne sais pas guérir. Je crois qu’il peut encore faire naître quelque chose là où je ne vois plus rien.
Saint Paul nous rappelle aujourd’hui que cette lumière n’est pas faite pour rester enfermée en nous. Elle devient mission. Pas nécessairement de grands discours. Parfois simplement une manière de regarder. Un visage que nous ne jugeons plus. Une personne que nous décidons de ne pas réduire à son passé. Une parole que nous retenons parce qu’elle blesserait. Une parole que nous osons prononcer parce qu’elle peut relever.
C’est ainsi que l’Évangile devient visible. Léon XIV rappelait récemment : « Dans les heures sombres, le baptême est lumière ; dans les conflits de la vie, le baptême est réconciliation. » « Seigneur, apprends-moi à regarder comme toi. »
Et lorsque nous renouvellerons tout à l’heure les promesses de notre baptême, nous pourrons peut-être entendre le Seigneur nous dire : Tu n’as pas besoin de devenir quelqu’un d’autre. Tu as besoin de laisser ma lumière entrer davantage en toi. Alors, peu à peu, la poutre tombera. Le regard s’éclaircira. Et ce que nous avions pris pour une fin pourra peut-être devenir un commencement. Car le baptême n’est jamais seulement un événement du passé. C’est une lumière pour aujourd’hui.
Pour ceux qui marchent dans la nuit : ceux qui cherchent un chemin,
ceux qui ont perdu la confiance, ceux que le poids de leur histoire empêche d’espérer. Que ton Esprit fasse lever pour eux une lumière au cœur de la nuit. Seigneur, sois leur lumière.
Pour ceux qui ont été blessés par le regard des autres, jugés, étiquetés, enfermés dans une erreur ou un passé : que des frères et des sœurs leur rendent le visage accueillant du Christ. Seigneur, rends-nous capables de regarder avec miséricorde.
Pour nous qui allons renouveler les promesses de notre baptême, ravive en nous l’eau vive de notre commencement, ranime la flamme reçue au jour de notre baptême, et fais de nous des témoins humbles et joyeux de ton Évangile. Seigneur, renouvelle en nous ta grâce.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...
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