Jeudi de la 5ème semaine
du Temps de l’Église
Quel épisode bien étrange aujourd’hui … Mais qui nous fait comprendre à quel point Jésus est ancré dans une histoire - celle du Peuple de Dieu - et dans un temps bien précis. Il semblait évident que le Messie vienne pour Israël, pour les purs, dont parlait l’évangile d’hier à propos des mains et des coupes à laver. Et voilà que l’insistance de la femme, va ouvrir le cœur de Jésus aux dimensions du monde. En quelque sorte, avec tous les guillemets qui s’imposent, nous pouvons ‘changer’ Dieu. C’est normal, il est retourné dans ses entrailles, il est soucieux du mal qui est dans le monde entier ; comment pourrait-il limiter son action à une seule partie du monde.
Mais cet évangile
nous montre étonnamment, à travers une non-croyante, ce qu’est vraiment la
prière.
Tout d’abord, la prière, c’est aller vers Jésus. Parce que Jésus nous respecte par-dessus tout, il ne nous forcera jamais à aller à lui. C’est le premier pas de la prière, le plus difficile parfois, mais le seul qui soit vraiment indispensable : décider de te donner du temps, Seigneur. Il ne nous conduira jamais de force à l’église, dans notre coin prière ou au cœur de notre cœur. C’est sans doute la seule chose qu’il ne puisse pas faire à notre place : décider de lui donner une place dans notre vie, dans notre journée. Si tu as l’impression que Dieu n’agit pas dans ta vie, peut-être tout simplement ne lui donnes-tu pas du temps …
Deuxième aspect de la prière : l’insistance. Je vous l’ai déjà souvent dit : lorsqu’un enfant veut vraiment quelque chose, il ne va pas arrêter de vous le demander, il va trouver les arguments, il va vous casser les pieds. Mais en même temps qu’il finit par vous agacer, en même temps, cela vous aide à comprendre que ce qu’il vous demande est important pour lui. La fille de cette femme est la prunelle de ses yeux. Elle ne lâchera pas Jésus tant qu’il ne lui donnera pas raison. Elle se jette à ses pieds, elle persévère, elle argumente ; comme on dit couramment : « elle ne lâche pas le morceau ». La prière chrétienne est prière insistante, pas rabâchage - ce que Jésus reprochera aux pharisiens - mais l’insistance de l’homme qui vient réveiller son voisin en pleine nuit ou de la femme qui réclame justice au juge inique. Ennuyons-nous assez Dieu par nos prières ?
Et en même temps, il y a chez cette femme une grande humilité. Oui, elle se contente des miettes ; elle sait qu’elle ne fait pas partie du Peuple élu et elle ne demande pas d’en faire partie ; ele sait qu’elle est incroyante, qu’elle n’est qu’une femme … En bref, elle sait qu’elle n’est pas Dieu. C’est d’ailleurs ce que Jésus a fait, alors qu’il était Dieu : « Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ». En même temps que nous cassons les pieds au Seigneur, en même temps, nous reconnaissons qu’il est Dieu. Combien souvent en faisons-nous l’expérience, et parfois l’expérience douloureuse. Grand mystère du mal que Dieu tolère - mais ne veut jamais -. Pourquoi ? Je n’en sais rien, mais il est Dieu et je suis homme. Amen.
R/ Sois pour nous lumière et
vérité !
Chaque jour tu renouvelles tes merveilles ;
ouvre nos yeux, donne-nous de les voir.
Toi, le Fils de l’homme,
fais-nous aimer notre condition d’homme.
Tu as passé en faisant le bien ;
que chacun de nos actes serve nos frères.
Tu es le Miséricordieux :
accorde-nous patience et bonté tout au long de ce jour.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des
sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue
Marie …

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