25ème dimanche
du Temps de l’Église - A -
Il est
des tentations auxquelles il ne faut pas résister …. Celle de vous donner à
méditer l’homélie du Pape, ce samedi, au stade vélodrome de Marseille.
On raconte dans les Écritures que le roi
David, ayant établi son royaume, décida de transporter l’Arche d’Alliance à
Jérusalem. Après avoir convoqué le peuple, il se leva et partit pour aller la
prendre. Sur le trajet, il dansait devant elle avec le peuple, exultant de joie
à la présence du Seigneur (2 S 6, 1-15). C’est avec cette scène en arrière-plan
que l’évangéliste Luc nous raconte la visite de Marie à sa cousine Élisabeth :
Marie elle aussi se lève et part vers la région de Jérusalem et, lorsqu’elle
entre dans la maison d’Élisabeth, l’enfant que celle-ci porte en son sein,
tressaille de joie en reconnaissant l’arrivée du Messie, se met à danser comme
le fit David devant l’Arche (cf. Lc 1, 39-45).
Marie est donc présentée comme la
véritable Arche d’Alliance qui introduit le Seigneur incarné dans le monde.
Elle est la jeune Vierge qui va à la rencontre de la vieille femme stérile et,
en portant Jésus, elle devient le signe de la visite de Dieu vainqueur de toute
stérilité. Elle est la Mère qui monte vers les montagnes de Juda pour nous dire
que Dieu se met en route vers nous, pour nous chercher avec son amour et nous
faire exulter de joie. C’est Dieu qui se met en route.
Chez ces deux femmes, Marie et
Élisabeth, la visite de Dieu se dévoile à l’humanité : l’une est jeune et
l’autre âgée, l’une est vierge et l’autre stérile, et pourtant elles sont
toutes deux enceintes alors que c’est “impossible”. Telle est l’œuvre de Dieu
dans notre vie : Il rend possible même ce qui semble impossible, Il engendre la
vie, même dans la stérilité.
Frères et sœurs, demandons-nous avec
sincérité de cœur : croyons-nous que Dieu est à l’œuvre dans notre vie ?
Croyons-nous que le Seigneur, de manière cachée et souvent imprévisible, agit
dans l’histoire, accomplit des merveilles et est à l’œuvre également dans nos
sociétés marquées par le sécularisme mondain et par une certaine indifférence
religieuse ?
Il y a un moyen de discerner si nous
avons cette confiance dans le Seigneur. Quel est ce moyen ? L’Évangile dit que
« lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en
elle » (v.41). Voilà le signe : tressaillir. Celui qui croit, qui prie, qui
accueille le Seigneur tressaille dans l’Esprit, sent que quelque chose bouge à
l’intérieur, il “danse” de joie. Et je voudrais m’arrêter sur cela : le
tressaillement de la foi.
L’expérience de foi provoque avant tout
un tressaillement devant la vie. Tressaillir c’est être “touché à l’intérieur”,
avoir un frémissement intérieur, sentir que quelque chose bouge dans notre
cœur. C’est le contraire d’un cœur plat, froid, installé dans la vie
tranquille, qui se blinde dans l’indifférence et devient imperméable, qui
s’endurcit, insensible à toute chose et à tout le monde, même au tragique rejet
de la vie humaine qui est aujourd’hui refusée à nombre de personnes qui
émigrent, à nombre d’enfants qui ne sont pas encore nés, et à nombre de
personnes âgées abandonnées. Un cœur froid et plat traîne la vie de manière
mécanique, sans passion, sans élan, sans désir. Et on peut tomber malade de
tout cela dans notre société européenne : le cynisme, le désenchantement, la résignation,
l’incertitude, un sentiment général de tristesse - tout à la fois : la
tristesse, cette tristesse dissimulée dans les cœurs -. Quelqu’un les a
appelées “passions tristes” : c’est une vie sans tressaillement.
Celui qui est né à la foi, en revanche,
reconnaît la présence du Seigneur, comme l’enfant dans le sein d’Élisabeth. Il
reconnaît son œuvre dans le fleurissement des jours et il reçoit un regard
nouveau pour voir la réalité. Même au milieu des difficultés, des problèmes et
des souffrances, il perçoit quotidiennement la visite de Dieu et se sent
accompagné et soutenu par Lui. Face au mystère de la vie personnelle et aux
défis de la société, celui qui croit connaît un tressaillement, une passion, un
rêve à cultiver, un intérêt qui pousse à s’engager personnellement. Maintenant,
chacun d'entre nous peut se demander
: est-ce que je ressens ces choses ? Est-ce que j'ai ces choses ? Celui qui est ainsi sait que le
Seigneur est présent en toute chose, qu’il appelle, qu’il invite à témoigner de
l’Évangile pour édifier avec douceur, à travers les dons et les charismes
reçus, un monde nouveau.
L’expérience de la foi, en plus d’un
tressaillement devant la vie, provoque aussi un tressaillement devant le
prochain. Dans le mystère de la Visitation, en effet, nous voyons que la visite
de Dieu n’a pas lieu à travers des événements célestes extraordinaires, mais
dans la simplicité d’une rencontre. Dieu vient sur le seuil d’une maison de
famille, dans la tendre étreinte entre deux femmes, dans le croisement de deux
grossesses pleines d’émerveillement et d’espérance. Et, dans cette rencontre,
il y a la sollicitude de Marie, l’émerveillement d’Élisabeth, la joie du
partage.
Rappelons-le toujours, même dans
l’Église : Dieu est relation et souvent il nous rend visite à travers des
rencontres humaines, quand nous savons nous ouvrir à l’autre, quand il y a un
tressaillement pour la vie de ceux qui passent chaque jour à nos côtés et quand
notre cœur ne reste pas impassible et insensible devant les blessures de ceux
qui sont les plus fragiles. Nos villes métropolitaines, et tant de pays
européens comme la France où coexistent des cultures et des religions
différentes, sont en ce sens un grand défi contre les exacerbations de
l’individualisme, contre les égoïsmes et les fermetures qui produisent
solitudes et souffrances. Apprenons de Jésus à éprouver des frémissements pour
ceux qui vivent à nos côtés, apprenons de Lui qui, devant les foules fatiguées
et épuisées, ressent de la compassion et s’émeut (cf. Mc 6, 34), tressaille de
miséricorde devant la chair blessée de ceux qu’il rencontre. Comme l’affirme
votre grand saint, Vincent de Paul, « il faut tâcher d’attendrir nos cœurs et
de les rendre susceptibles des souffrances et des misères du prochain, et prier
Dieu qu’il nous donne le véritable esprit de miséricorde, qui est le propre
esprit de Dieu », jusqu’à reconnaître que les pauvres sont « nos seigneurs et
maîtres » (Correspondance, entretiens, documents, Paris 1920-25, p. 341 ; pp.
392-393).
Frères, sœurs, je pense aux nombreux
“tressaillements” qu’a connus la France, à son histoire riche de sainteté, de
culture, d’artistes et de penseurs qui ont passionné tant de générations.
Aujourd’hui encore, notre vie, la vie de l’Église, la France, l’Europe ont
besoin de cela : de la grâce d’un tressaillement, d’un nouveau tressaillement
de foi, de charité et d’espérance. Nous avons besoin de retrouver passion et
enthousiasme, de redécouvrir le goût de l’engagement pour la fraternité, d’oser
encore le risque de l’amour dans les familles et envers les plus faibles, et de
retrouver dans l’Évangile une grâce qui transforme et rend belle la vie.
Regardons Marie qui se dérange en se
mettant en route et qui nous enseigne que Dieu est précisément come cela : il
nous dérange, il nous met en mouvement, il nous fait “tressaillir”, comme avec
Élisabeth. Et nous voulons être des chrétiens qui rencontrent Dieu par la
prière et nos frères par l’amour, des chrétiens qui tressaillent, vibrent,
accueillent le feu de l’Esprit pour se laisser brûler par les questions
d’aujourd’hui, par les défis de la Méditerranée, par le cri des pauvres, par
les “saintes utopies” de fraternité et de paix qui attendent d’être réalisées.
Frères et sœurs, avec vous, je prie la
Vierge, Notre-Dame de la Garde, de veiller sur votre vie, de garder la France,
de garder toute l’Europe, et de nous faire tressaillir dans l’Esprit. Et je
voudrais le faire avec les paroles de Paul Claudel :
« Je vois l’église ouverte. [...]
Je n’ai rien à offrir et rien à
demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous
regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur,
savoir cela :
Que je suis votre fils et que vous êtes
là. [...]
Être avec vous, Marie, en ce lieu où
vous êtes [...]
Parce que vous êtes là pour toujours,
Simplement parce que vous êtes Marie,
Simplement parce que vous existez,
Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée !
»
(« La Vierge à midi », Poèmes de Guerre
1914-1916, Paris, 1922).
François
Au lendemain de la visite du
pape François à Marseille, nous rendons grâce pour les rencontres qui ont eu
lieu. Pour que les dirigeants des nations mènent une politique de justice et de
paix, prions notre Dieu de bonté.
Le monde du travail se trouve
souvent confronté à des difficultés de justice sociale. Pour que les chercheurs
d’emploi et les travailleurs se sentent reconnus, prions notre Dieu de miséricorde.
Nos pensées, nos paroles, nos
actes ne sont pas toujours conformes à l’Évangile. Pour que notre assemblée
réunie progresse sur les chemins de la charité, prions notre Dieu fidèle et
proche.
Tournons nos regards vers le
Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le
respectant pas : Notre Père …
Et
que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui
encore source de compassion :
Je
vous salue Marie …
Quel
a été le critère de choix ?
Comment
tenir compte, dans mes choix, de la mission reçue d’annoncer
la Bonne Nouvelle au quotidien ?

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