2ème dimanche du Temps de l'Eglise A
Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !
En ce temps-là, voyant Jésus venir vers lui, Jean le Baptiste déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde ; c’est de lui que j’ai dit : L’homme qui vient derrière moi est passé devant moi, car avant moi il était. Et moi, je ne le connaissais pas ; mais, si je suis venu baptiser dans l’eau, c’est pour qu’il soit manifesté à Israël. » Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m’a envoyé baptiser dans l’eau m’a dit : “Celui sur qui tu verras l’Esprit descendre et demeurer, celui-là baptise dans l’Esprit Saint.” Moi, j’ai vu, et je rends témoignage : c’est lui le Fils de Dieu. »
« Amour, quand tu nous tiens… on peut finir par chanter faux, perdre la tête, faire des folies…Il suffit de voir ce que des gens très raisonnables sont capables de faire par amour : traverser un pays, changer de travail, veiller toute une nuit, ou… supporter la belle-famille. »
Et pourtant, malgré tout cela, nous continuons à y croire, parce que l’amour, quand il est vrai, donne sens à la vie. En cette fin de retraite, la Parole de Dieu nous rappelle une chose essentielle : nous ne sommes pas d’abord des gens qui cherchent Dieu, nous sommes des gens que Dieu aime, appelle et envoie.
Dans le livre d’Isaïe, Dieu dit à son serviteur :« Tu es mon serviteur, Israël, en toi je manifesterai ma splendeur. »Avant toute action, avant toute mission, avant toute performance spirituelle, il y a un regard d’amour posé sur nous.C’est souvent l’inverse que nous vivons :Mais l’amour de Dieu ne se mérite pas, il nous précède.C’est cet amour qui a porté toute cette retraite : dans le silence, dans la prière, dans les combats intérieurs, parfois même dans l’ennui… Dieu était déjà là.Le Seigneur m’a appelé dès le sein de ma mère. » Avant nos choix. Avant nos efforts. Avant même nos refus.L’amour de Dieu ne commence jamais par une performance, mais par une élection gratuite. « Laisse-moi faire quelque chose en toi. »Comme le rappelait saint Jean-Paul II : "La vocation de l’homme commence dans l’amour que Dieu a pour lui." Tout est grâce avant tout effort, tout commence par être aimé.
Jean-Baptiste aurait pu présenter Jésus avec éclat et puissance. Il choisit l’image la plus déroutante : un Agneau. Un agneau, ce n’est pas impressionnant. Ce n’est pas stratégique. Ce n’est pas dominateur. C’est fragile. C’est offert. C’est livré.L’amour de Dieu ne conquiert pas le monde par la force. Il transforme par le don de soi, par la vulnérabilité qui ouvre les cœurs.Pour nous, croyants engagés, c’est décapant : Dieu ne nous sauve pas par la puissance, mais par la douceur qui accepte de se laisser aimer… et parfois blesser. L’amour qui nous tient n’est pas un amour qui serre trop fort. C’est un amour qui fait place.Thérèse exprimait cette confiance radicale : "Je ne crains pas l’avenir, car je sais que je suis tenue dans les bras de l’Amour infini." Vous le savez bien : c’est à l’époque de Thérèse qu’on a commencé à trouver dans les maisons bourgeoises les ascenseurs. Et ça a marqué ce petit bout de femme. Que c’est fatigant de monter les marches, alors qu’on peut y arriver, sans se fatiguer, par l’ascenseur. Et elle découvre que c’est Jésus, son ascenseur. C’est sa petite voie. Mais une lapalissade importante : pour monter avec l’ascenseur, il faut entrer dans l’ascenseur. Pour nous laisser aimer par Jésus, il faut se jeter dans ses bras, selon l’expression de Thérèse. Il ne faut donc pas regarder l’ascenseur, mais monter dedans. En soi, c’est simple.
Jean-Baptiste ne garde pas Jésus pour lui. Il le montre et s’efface. C’est peut-être l’un des gestes les plus sublimes de la vie spirituelle : savoir reconnaître la présence de Dieu, puis accepter de ne pas en être le centre.Dans une retraite, Dieu nous conduit souvent à cette étape : ne plus être au cœur de notre propre histoire, mais laisser le Christ y prendre place. Et c’est toujours le même refrain : s’abandonner. On s’y est entraîné durant 5 jours, mais l’entraînement est sans fin.Et là, quelque chose se pacifie. On n’a plus besoin de se prouver.On consent. Se laisser aimer, c’est accepter de ne pas tout contrôler… même Dieu. Et comme le rappelait le Père Henri Nouwen : "La véritable spiritualité n’est pas de s’efforcer d’être plus saint, mais de se laisser prendre par l’amour de Dieu."
Cette retraite touche à sa fin. Le chemin parcouru n’est pas un plan à cocher, mais un apprentissage : apprendre à se laisser aimer. Chaque instant de prière, chaque service rendu, chaque silence vécu devient une manière de dire : « Seigneur, je me laisse aimer par Toi. » C’est là le cœur de notre vie spirituelle : recevoir d’abord, puis donner. Se laisser transformer par Celui qui nous appelle, nous touche et nous rend vivants.
Pour l’Église, appelée non à se mettre au centre, mais à montrer humblement Celui qui vient, afin qu’elle sache dire au monde, par sa vie plus que par ses discours : « Voici l’Agneau de Dieu ». Qu’elle demeure fidèle à sa mission de témoin, même quand elle doute, même quand elle est fragile. Seigneur, nous te prions.
Pour tous ceux qui cherchent un sens à leur vie, ceux qui avancent à tâtons, sans mots pour prier, ceux qui se disent loin de Dieu mais qui ont soif de vérité. Que le Christ se laisse reconnaître sur leur route, comme une présence douce, discrète, mais décisive. Seigneur, nous te prions.
Pour celles et ceux qui portent le poids du péché, de la honte, du regret ou de l’échec, que la rencontre avec l’Agneau de Dieu ouvre en eux un chemin de pardon et de paix. Que nul ne se croie trop pauvre ou trop marqué pour être aimé. Seigneur, nous te prions.
Pour les parents, les éducateurs, les soignants, pour tous ceux qui, comme Jean le Baptiste, ne retiennent pas pour eux ce qu’ils ont reçu, mais orientent vers plus grand qu’eux-mêmes. Que leur fidélité humble prépare les cœurs à la rencontre. Seigneur, nous te prions.
Pour nous qui entendons aujourd’hui cette parole : « Voici l’Agneau de Dieu », que nous ne restions pas spectateurs, mais que nous acceptions d’être rejoints, touchés, transformés. Apprends-nous à nous laisser aimer, et à suivre le Christ là où il nous conduit. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …

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