Alors paraît Jésus. Il était venu de Galilée jusqu’au Jourdain auprès de Jean, pour être baptisé par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et c’est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice. » Alors Jean le laisse faire. Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent : il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »
Il y a des paroles qu’on attend toute une vie. Celles qui disent : « Tu comptes. Tu es aimé. Tu es à ta place. » Et voilà qu’au bord du Jourdain, avant même que Jésus ait prêché, guéri ou enseigné quoi que ce soit, le ciel s’ouvre et une voix retentit : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui, je trouve ma joie. » Avant l’action, avant la mission, avant la croix : l’amour. C’est par là que tout commence.
Jésus vient au Jourdain. Il se met dans la file des pécheurs. Pas au premier rang. Pas à part. Pas au-dessus. C’est vertigineux. Celui qui n’a pas besoin de conversion accepte d’entrer dans un rite de repentance. Pourquoi ? Parce que Dieu ne sauve pas l’homme de loin, mais de l’intérieur. Isaïe l’annonçait : « Voici mon serviteur que je soutiens. » Dieu ne choisit pas la domination, mais la solidarité. Il descend dans notre eau trouble pour nous relever. (Et reconnaissons-le : ce n’est pas très logique… mais l’amour n’est jamais très logique.) Dieu ne commence jamais par nous corriger, mais par nous rejoindre.
Au moment où Jésus sort de l’eau, trois signes : le ciel s’ouvre, l’Esprit descend, la voix du Père se fait entendre.
C’est une véritable révélation trinitaire. Mais surtout, c’est une révélation d’identité. Le Père ne dit pas : « Voilà celui qui va réussir » « Voilà celui qui va faire de grandes choses ». Il dit : « Mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » Avant toute œuvre, Jésus est aimé. Avant toute mission, il est reçu. Et c’est là que cela nous concerne directement. Car au baptême, cette même parole a été dite sur chacun de nous. Même si on était trop petit pour l’entendre. Même si on l’a oubliée. Même si on a parfois vécu comme si elle n’était pas vraie. Le chrétien n’est pas d’abord quelqu’un qui fait,
mais quelqu’un qui se sait aimé.
Le Baptême du Seigneur éclaire notre propre baptême. Il ne nous donne pas un badge religieux. Il nous donne une relation. Saint Pierre le dira dans les Actes : « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes. » Être baptisé, ce n’est pas être parfait. C’est vivre en enfant, pas en employé de Dieu. Un enfant tombe, se relève, recommence. Un employé a peur de mal faire. (Et avouons-le : beaucoup de chrétiens vivent encore comme des stagiaires stressés devant Dieu…) Le baptême nous apprend à vivre dans la confiance, pas dans la peur. À avancer, non pas pour mériter l’amour, mais parce que l’amour nous précède.
Si le ciel s’est ouvert au-dessus du Jourdain, ce n’est pas pour une démonstration spectaculaire, mais pour rappeler une vérité simple : Dieu nous aime avant même que nous sachions nager. Et peut-être que la vraie conversion, ce n’est pas d’en faire plus, mais d’oser croire enfin cette parole : « Tu es mon enfant bien-aimé. »
Père très bon, regarde ton Église appelée à naître sans cesse de l’eau et de l’Esprit. Qu’elle soit, au milieu des peuples, une source où chacun peut venir étancher sa soif, un lieu où l’on apprend que l’amour précède toute loi et que la miséricorde ouvre toujours un chemin. Nous t’en prions.
Dieu de lumière, sur les terres assombries par la guerre, la violence et l’injustice, fais descendre ton Esprit comme une rosée de paix. Donne aux responsables des nations le courage de choisir la fraternité plutôt que la peur, le service plutôt que le pouvoir, afin que l’humanité avance vers des rives de justice et de réconciliation. Nous t’en prions.
Dieu fidèle, beaucoup ont été plongés un jour dans ton amour et ont oublié la voix qui disait : « Tu es mon enfant bien-aimé. » Rejoins ceux dont la foi vacille, ceux qui se sentent indignes, fatigués ou perdus. Que ton Esprit murmure à leur cœur qu’ils n’ont jamais cessé d’être aimés. Nous t’en prions.
Dieu de tendresse, nous te confions les enfants que tu appelles à la vie, les catéchumènes en marche vers la source baptismale, et tous ceux qui découvrent la joie d’être appelés fils et filles. Garde-les dans la simplicité du cœur, t fais grandir en eux la lumière reçue de toi. Nous t’en prions.
Père aimant, rassemblés autour de ton Fils bien-aimé, apprends-nous à vivre chaque jour selon la grâce de notre baptême. Que nos paroles soient justes, que nos gestes soient porteurs de paix, et que notre vie reflète la joie de ceux qui savent qu’ils sont aimés avant même d’avoir parlé ou agi. Nous t’en prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …
Commentaires
Enregistrer un commentaire