En ce temps-là, un lépreux vint auprès de Jésus ; il le supplia et, tombant à ses genoux, lui dit : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Saisi de compassion, Jésus étendit la main, le toucha et lui dit : « Je le veux, sois purifié. » À l’instant même, la lèpre le quitta et il fut purifié. Avec fermeté, Jésus le renvoya aussitôt en lui disant : « Attention, ne dis rien à personne, mais va te montrer au prêtre, et donne pour ta purification ce que Moïse a prescrit dans la Loi : cela sera pour les gens un témoignage. » Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui.
Le lépreux s’avance vers Jésus. On ne sait pas combien de mètres il fait, mais sans doute pas beaucoup, puisqu’il doit rester à l’écart. Un pas. Un seul peut-être …. Mais un pas immense. Il sait qu’il n’en a pas le droit. Il sait qu’il transgresse la Loi. Il sait qu’il s’expose au rejet, au scandale, à la condamnation. Et pourtant, il avance. Pourquoi ? Il a tout compris. Il croit que l’amour est plus fort que la loi, que la miséricorde peut aller plus loin que l’interdit, que Dieu ne peut pas rester indifférent à sa détresse. Sa prière est d’une simplicité bouleversante : « Si tu le veux, tu peux me purifier. » Il ne dit pas : « Fais-le, je t’en prie », encore moins : « Tu dois, puisque tu es le Messie … Montre-le ». Non, il ne réclame rien. Il s’en remet. C’est aussi ce que Jésus dira avec les paroles du psaume : « En tes mains, je remets mon Esprit ». Ce lépreux ne doute pas de la puissance de Jésus, il se remet à sa volonté. Et c’est souvent là que nous en sommes, nous aussi. Nous croyons que Dieu peut. Qu’il peut guérir. Qu’il peut relever. Qu’il peut transformer. Mais nous ne sommes pas toujours sûrs qu’il veuille. Pas sûr qu’il veuille s’occuper de ma blessure, elle est tellement purulente. Pas sûr qu’il veuille s’occuper de ma honte, de ce qui en moi est trop ancien, trop compliqué, trop abîmé. Saint Augustin mettait le doigt sur cette peur intérieure quand il écrivait : « Dieu est plus intime à moi que moi-même, et pourtant je fuyais loin de lui. » Non pas parce que Dieu est dur, mais parce que sa proximité nous dénude, nous étonne et parfois même nous fait peur.
Alors Jésus accomplit un geste impensable. Avant même de parler, il touche. Il touche ce qui est impur. Il touche ce qui fait peur. Il touche ce que tout le monde évite soigneusement. Ce geste, c’est déjà une parole. Une parole plus forte que tous les discours religieux.
L’amour de Dieu n’est pas prudent. Il n’est pas aseptisé comme le gel dont on s’est tellement servi pendant le Covid. Il n’est pas à distance, respectant les règles de sécurité. Non, il est audacieux. Il est risqué. Il est incarné.
Le pape François le disait avec force : « Dieu n’a pas peur de toucher nos misères. » Il ne se protège pas de notre fragilité. Il y entre.
Dans une retraite, Dieu ne vient pas caresser nos idées spirituelles.
Il ne se contente pas d’ajuster nos pensées. Il vi ent rejoindre nos zones sensibles, nos blessures encore ouvertes,nos fragilités que nous cachons parfois même à nous-mêmes.
Et souvent, soyons honnêtes, comme le lépreux, nous préférerions presque rester à distance. Nous voudrions un Dieu qui pardonne sans trop s’approcher. Qui aime, mais sans trop toucher. Qui guérit, mais sans remuer ce qui fait mal. Mais l’amour véritable ne guérit jamais sans toucher. Il passe par la proximité. Il passe par le contact.
Se laisser aimer, c’est accepter ce contact. C’est consentir à être rejoint là où l’on n’est pas fier. Là où l’on se sent fragile. Là où l’on ne maîtrise plus rien. C’est accepter que Dieu pose sa main sur ce que nous aurions préféré cacher. Non pour nous humilier, mais pour nous relever. Si nous voulons relever quelqu’un qui est tombé, impossible de le faire à distance ; si nous voulons embrasser quelqu’un, impossible aussi de le faire à distance. Vous savez, les « bisous volants » ne remplacent pas un vrai baiser sur la joue ou sur la bouche, c’est selon qui est l’autre, un ami, une ami, mon prince charmant ou ma belle au bois dormant. Le prince charmant embrasse la belle au bois dormant. Et c’est alors qu’elle se réveille, qu’elle ressuscite. Chaque fois que le Seigneur me donne un baiser à travers sa Parole ou ses sacrements, il me ramène à la vie. Oui, entendons cette parole incroyable, simple, directe, sans condition :
« Je le veux. » Pas : « quand tu seras prêt ». Pas : « quand tu auras changé ». Pas : « quand tu mériteras ». Mais : « Je le veux. »
Oui, Dieu veut notre vie. Il veut notre guérison. Il veut notre joie. Pas demain, mais aujourd’hui. Pas plus tard, mais ce soir. Pas après que tout soit réglé mais justement parce que rien n’est encore réglé.
Aujourd’hui. Et peut-être que la seule prière que Dieu attend de nous en cette retraite est aussi simple que celle du lépreux : « Seigneur, si tu le veux… puisque tu le veux »
Et de laisser résonner en nous, doucement mais fermement, cette réponse qui change tout : « Je le veux. »
Pour les personnes rejetées, mises à l’écart, oubliées, celles que l’on ne regarde plus, que l’on n’ose plus toucher, que ton regard, Seigneur, les relève et leur rende dignité. Seigneur, nous te prions.
Pour les malades, les blessés de la vie, du corps et du cœur, pour ceux qui viennent à Lourdes avec une espérance fragile, que ta parole « Je le veux » rejoigne leur attente. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui ont peur de s’approcher de toi, par honte, par culpabilité ou par découragement, qu’ils découvrent que ton amour précède toujours leur pas. Seigneur, nous te prions.
Pour nous, en retraite, que nous consentions à être touchés là où nous résistons encore, et que nous accueillions ta guérison, même discrète. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …
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