En ce temps-là, Jésus se retira avec ses disciples près de la mer, et une grande multitude de gens, venus de la Galilée, le suivirent. De Judée, de Jérusalem, d’Idumée, de Transjordanie, et de la région de Tyr et de Sidon vinrent aussi à lui une multitude de gens qui avaient entendu parler de ce qu’il faisait.
Il dit à ses disciples de tenir une barque à sa disposition pour que la foule ne l’écrase pas. Car il avait fait beaucoup de guérisons, si bien que tous ceux qui souffraient de quelque mal se précipitaient sur lui pour le toucher. Et lorsque les esprits impurs le voyaient, ils se jetaient à ses pieds et criaient : « Toi, tu es le Fils de Dieu ! » Mais il leur défendait vivement de le faire connaître.
Je suppose que, comme moi, il vous arrive de vous sentir cernés ? Cernés par les attentes des autres, par les urgences qui s’accumulent, par les demandes légitimes mais épuisantes de la famille, du travail, de la paroisse ? Nous avons parfois l’impression que, si nous nous arrêtons, tout va s’écrouler et que si nous ne nous arrêtons pas, c’est nous qui allons nous écrouler ...
L’Évangile nous montre aujourd’hui Jésus lui-même entouré, pressé de toutes parts. Une foule immense vient à lui « de toute la Galilée, de la Judée, de Jérusalem », attirée par ce qu’elle a vu et entendu. Ce n’est pas rien. Heureusement que Jésus n’était pas agoraphobe. Et vous venez de l’entendre, face à cette foule Jésus ne manque pas de compassion : il guérit, il libère, il accueille ; chacun est uniq ! Son cœur est profondément touché par la souffrance humaine. Il est, dit l’hébreu : « retourner dans ses entrailles ». Mais ce qui frappe ausdi, c’est qu’il ne se laisse pas engloutir par la foule. Il demeure libre.
Jésus sait quand se donner et quand se retirer. Ailleurs dans l’Évangile, on le voit se lever avant l’aube pour prier, s’éloigner vers la montagne, chercher le silence. Ce n’est pas une fuite : c’est une fidélité. Fidélité à sa mission reçue du Père. Jésus nous révèle ainsi une vérité essentielle de la vie spirituelle : l’amour authentique ne se nourrit pas de l’agitation, mais de la communion avec Dieu. Nous connaissons tous – et nous le sommes parfois – des chrétiens agités. C’est pour bien faire, mais comme on dit « c’est saoûlant ». On finit par attraper le tournis en les voyant s’affairer, même si c’est pour le Royaume.
Saint Ignace de Loyola l’exprimait avec une grande sagesse : « On ne peut pas verser d’un vase vide. » Si nous ne prenons jamais le temps de nous laisser remplir par Dieu, notre générosité devient vite fatigue, amertume ou activisme. Servir ne signifie pas se disperser, ni répondre à tout sans discernement : on nous disait au sémaire, que nous devions apprendre à dire « non ». Jésus guérit beaucoup, mais il ne guérit pas tout le monde au même moment. Il choisit. Et ce choix n’est pas un manque d’amour : il est la forme même de l’amour juste.
C’est une parole libérante pour nous. L’amour chrétien n’est pas un amour contraint, écrasé par la culpabilité. C’est un amour libre, enraciné en Dieu, capable de dire « oui » avec générosité, mais aussi « non » avec paix. Dire non, parfois, ce n’est pas refuser d’aimer ; c’est refuser de se substituer à Dieu, refuser de croire que tout repose sur nous. On devient des personnes irremplaçables … dont les cimetières sont remplis.
Et la foule ? Si la foule se presse autour de Jésus, ce n’est pas seulement à cause de ses miracles. C’est parce qu’elle sent qu’il y a en lui une source. Quelque chose de stable, de vrai, de profondément vivant. Jésus n’aime pas à la manière du monde, dans la précipitation ou la domination. Il aime avec un amour qui repose, qui guérit en profondeur, qui relève.
Et nous ? Notre manière d’aimer, même humble, même cachée, peut devenir un signe. Lorsque nous aimons à partir de la prière, lorsque nous servons sans nous perdre, lorsque nous acceptons nos limites avec confiance, alors l’amour de Dieu passe à travers nous. Comme un courant discret, silencieux parfois, mais réellement transformant.
Demandons au Seigneur cette grâce : apprendre de lui à aimer sans nous laisser écraser, à servir sans nous épuiser, à donner sans nous vider. Qu’il nous enseigne le rythme juste de l’Évangile, celui où l’amour jaillit de la rencontre avec le Père et devient, pour le monde, une source de vie. Nous ne sommes pas des mazurkas, encore moins des marches militaires, mais peut-être des nocturnes à la manière de Chopin ; des nocturnes qui bercent et conduisent à la paix autour de nous. Amen
Pour l’Église, afin qu’elle sache servir avec sagesse et discernement, nous prions le Seigneur.
Pour nos proches, afin qu’ils ressentent la patience et la fidélité de l’amour de Dieu, nous prions le Seigneur.
Pour ceux qui se sentent débordés par la vie, afin qu’ils découvrent la sérénité dans la confiance en Dieu, nous prions le Seigneur.
Pour nous-mêmes, afin que notre service soit porteur de vie et de paix, nous prions le Seigneur.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …
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