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Lundi de la 1ère semaine

du Temps de l'Eglise


 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

Après l’arrestation de Jean, Jésus partit pour la Galilée proclamer l’Évangile de Dieu ; il disait : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile. » Passant le long de la mer de Galilée, Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, en train de jeter les filets dans la mer, car c’étaient des pêcheurs. Il leur dit : « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes. » Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent. Jésus avança un peu et il vit Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque et réparaient les filets. Aussitôt, Jésus les appela. Alors, laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.

Durant toute cette semain, j'anime une seconde retraite à La Flatière sur le thème : "Amour, quand tu nous tiens"
On a de belles expressions en français : « L’amour rend aveugle », « tomber amoureux », ou encore « quand on aime, on ne compte pas ». Dans l’Évangile d’aujourd’hui, Jésus fait quelque chose d’assez déroutant : il passe… il appelle… et les disciples lâchent tout. Pas de CV, pas de période d’essai, pas même un « on vous rappellera plus tard ». C’est l’histoire d’un amour qui attrape, qui saisit, et qui ne lâche plus.

Dans la première lecture, Anne est une femme blessée : elle n’a pas d’enfant. Elle porte un désir profond, une prière qui semble rester sans réponse. Et pourtant, elle continue de se tenir devant Dieu, non par calcul, mais par confiance. C’est une grande leçon spirituelle : l’amour de Dieu ne commence jamais par notre performance, mais par notre manque. Anne n’est pas aimée parce qu’elle est forte, elle est aimée dans sa fragilité. Anne arrive au Temple avec un cœur lourd. Elle n’a rien à présenter, rien à montrer, juste une attente qui dure et une prière qui ne s’éteint pas. Elle ne parle pas beaucoup, mais elle se tient là. C’est souvent ainsi que Dieu nous rejoint : non pas quand tout va bien, mais quand nous cessons de masquer ce qui manque. En retraite, nous découvrons parfois que nos forces habituelles ne nous servent plus à grand-chose. Et c’est précisément là que quelque chose peut naître. Dieu n’attend pas que nous soyons solides. Il nous rejoint quand nous acceptons d’être vrais. Laisse-toi aimer, non pas quand tu auras réglé ce qui te pèse, mais maintenant, dans ce que tu portes aujourd’hui.

Dans l’Évangile, c’est la même logique : Jésus ne choisit pas des héros spirituels, mais des hommes en plein travail, les mains pleines de filets et la tête pleine de préoccupations ordinaires. Dieu ne nous aime pas après notre conversion, il nous aime avant, pour nous y conduire. C’est ce qu’on appelle dans notre langage, la primauté de la grâce : Dieu aime d’abord, appelle d’abord, attire d’abord. Notre foi n’est jamais qu’une réponse à un amour déjà donné. (Et rassurez-vous : si Dieu attendait que nous soyons parfaits, le Royaume serait encore en chantier…)

Jésus ne dit pas : « Réfléchissez », « Comparez », « Prenez un abonnement à durée limitée ». Il dit : « Suis-moi. » Ce n’est pas un ordre militaire, c’est une parole d’amour qui met en route. Suivre Jésus, ce n’est pas d’abord changer d’activité, c’est changer de centre de gravité. Ce n’est plus moi qui me conduis, c’est l’amour qui m’entraîne.
Les disciples laissent leurs filets. Cela ne veut pas dire qu’ils méprisent leur vie d’avant, mais qu’ils ont reconnu quelque chose de plus grand. En retraite, les filets ne sont pas faits de cordes et de plomb. C’est quoi nos filets ? Des pensées, des calculs, des peurs discrètes, nos habitudes de tout tenir ensemble. Jésus ne leur demande pas, ne nous demande pas d’abandonner leur vie, nos vies, mais de la recevoir autrement.
« Suis-moi » ce n’est pas une pression, c’est une invitation à marcher sans tout prévoir. Dans la vie spirituelle, l’amour vrai ne supprime pas tout attachement, il les réordonne, il les réoriente. Une retraite ne commence pas quand on se met à prier, elle commence quand on accepte de ne plus se défendre, de lâcher prise. La Parole de Dieu aujourd’hui ne nous pousse pas à faire, elle nous invite à nous laisser approcher. Quand l’amour de Dieu nous tient vraiment, il ne nous enlève pas à nous-mêmes, il nous rend enfin libres. 

La Flatière n’est pas un lieu de performance spirituelle, mais un lieu où l’on apprend à se laisser aimer. Le thème de la retraite le dit bien : « Amour, quand tu nous tiens… » Ce n’est pas nous qui tenons Dieu, c’est Lui qui nous tient, qui ‘tient à nous’. Dans le silence, la prière, l’écoute de la Parole, Dieu va doucement desserrer nos résistances, il va mettre de l’huile là où nous sommes grippés : nos peurs, nos méfiances, nos stratégies de protection. Et peu à peu, une vérité s’impose : si Dieu m’aime ainsi, alors je peux vivre autrement, servir autrement, aimer autrement. Suivre le Christ, ça vient toujours en regardant le Seigneur et en se laissant regarder par lui, par lui qui nous tient. On ne devient pas disciple par obligation, mais par contagion de l’amour. Et à l’inverse des autres contagions, celle-ci est hautement recommandée.

Les disciples ont laissé leurs filets. Nous, parfois, nous freinons des quatre fers avec toutes sortes d’excuses. Mais l’amour de Dieu est patient, et quand il nous tient… il finit toujours par gagner. Quand on se laisse aimer, on découvre peu à peu que l’amour n’emprisonne pas. Il allège. Si l’amour nous tient, c’est pour nous empêcher de tomber, c’est pour nous prendre dans ses bras.  Alors, belle retraite à nous tous. 

 Pour l’Église, qu’elle demeure fidèle à l’appel du Christ et annonce l’Évangile non par contrainte, mais par la joie de l’amour reçu. Seigneur, nous te prions.

Pour les responsables des peuples, qu’ils cherchent le bien commun avec courage et se laissent guider par la justice et la paix. Seigneur, nous te prions.

Pour les personnes blessées, découragées ou en recherche, que l’amour de Dieu les relève et leur redonne confiance et espérance. Seigneur, nous te prions.

Pour nous qui vivons cette retraite, que nous consentions à nous laisser aimer afin de devenir, à notre tour, témoins de ton amour. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …


Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …

Aujourd’hui, prendre un temps de silence pour répéter simplement cette prière : « Seigneur, apprends-moi à me laisser aimer. » Sans analyser, sans commenter. Juste demeurer.




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