En ce temps-là, Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait. En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit. Comme Jésus était à table dans la maison de Lévi, beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : « Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs ! » Jésus, qui avait entendu, leur déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
L’Évangile d’aujourd’hui commence par quelque chose de très simple : Jésus passe. Il passe dans une vie normale. Il passe dans une vie un peu bancale. Il passe dans une vie que d’autres jugent. Vous avez bien entendu ; on ne dit pas que Jésus passe « pour » ; autrement dit, il n’a pas d’idée préconçue ; il s’abandonne au Père, et il va là où ses pas le mènent. Il nous donne l’exemple des signes de temps. Si toi, Père, tu me conduis là, c’est que là, il y a le Royaume. Qu’est-ce qu’il voit ? Un groupe de prières, des saintes personnes ? Il voit Lévi. Pas un regard qui scanne. Pas un regard qui critique. Un regard qui s’arrête. Avant de l’avoir inventé, il utilise déjà la méthode la JOC : « Voir – juger – agir ». Il voit Lévi, il juge, c’est-à-dire, il discerne la présence du Royaume caché en lui. Il agit. Et c’est juste : « Toi. »
Et là, c’est surprenant. Parce que Jésus ne fait pas ce qu’on attendrait. Il ne dit pas : « Lévi, tu sais que ce que tu fais, ce n’est pas bien… » Il ne commence pas par une leçon. Il ne commence pas par une morale. Il dit juste : « Suis-moi. » Si tu suis l’évangile, si tu suis Jésus, tu feras toujours quelque chose de pas normal … Deux mots. Pas de conditions. Pas de contrat.
Et Lévi se lève. Comme ça. Sans savoir où ça va le mener parce que Jésus ne lui dit pas : « Suis-moi pour telle chose ou parce que telle chose ». Sans savoir ce qu’il va perdre. Sans savoir ce qu’il va devenir. Si ça, ce n’est pas la prière de l’abandon …
Et c’est là le truc incroyable de l’Évangile : Comme nous le méditons depuis le début de cette semaine, Dieu n’attend pas que tu sois parfait pour t’appeler. On croit souvent : Quand j’irai mieux, Dieu pourra m’aimer ; alors, il ne risque pas de commencer. Quand j’aurai réglé ma vie, je prierai ; je vous assure que je ne prierai jamais. Quand je serai à la hauteur, je suivrai Jésus ; et je peux vous dire que je ne serais pas prêtre.
Mais Jésus fait l’inverse. Il appelle avant. Il aime avant. Il fait confiance avant.
Je ne sais plus qui a dit : « Dieu t’aime tel que tu es, mais il t’aime trop pour te laisser tel que tu es. »
Ce n’est pas parce que Lévi change qu’il est appelé.
C’est parce qu’il est appelé qu’il peut changer.
Et Jésus ne reste pas à distance. Il ne dit pas : « Suis-moi… mais de loin. » Il va chez Lévi. Il mange avec lui. Avec ses amis. Avec des gens pas très fréquentable. Il ira aux noces de Cana. Partager un repas, à l’époque, c’était dire : « Tu comptes. Tu as une place. »
Evidemment, les religieux, l’institution critiquent. Et Jésus répond cette phrase qu’on connaît bien : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin d’un médecin, mais les malades. »
Ça veut dire quoi ? Que Dieu n’est pas là pour les gens qui pensent aller bien. Il est là pour ceux qui reconnaissent qu’ils ont besoin d’aide. Pour ceux qui osent dire : « J’ai besoin de toi, Seigneur. » - « je n’aime pas bien, mais j’ai besoin de me laisser aimer par toi, Seigneur ». Car, on peut deviner que Lévi n’avait pas beaucoup d’amis. Sûrement pas ceux à qui ils réclamaient l’impôt. Et ses seuls amis, c’étaient ceux de son milieu qui l’aimaient peut-être surtout pour l’argent dont ils pourraient profiter. Il meurt d’amour ; alors quand quelqu’un lui montre de l’amour, il lâche tout
Saint Jean-Marie Vianney disait : « La miséricorde de Dieu est comme un torrent : elle emporte tout sur son passage » et « nos péchés les plus graves sont une goutte d’eau face aux torrents de la miséricorde de Dieu »
Dieu n’a pas peur de nos fragilités. Il n’a pas peur de nos questions. Il n’a même pas peur de nos chutes. Ce qui compte, ce n’est pas d’être irréprochable. C’est d’être disponible.
Dans cette retraite, peut-être que Jésus passe très près de toi.
Peut-être qu’il te regarde. Et c’est pas peut-être, c’est sûrement. Et il ne te dit une seule chose : « Suis-moi. »
Pas demain. Pas quand tu iras mieux. Aujourd’hui.
Parce que, comme disait sainte Thérèse de Lisieux : « La confiance seule conduit à l’amour. »
Alors aujourd’hui et surtout après-demain, quand on aura quitté la Flatière, on n’a pas besoin de grandes promesses. On n’a pas besoin de faire semblant. On peut juste faire comme Lévi : se lever un peu, ouvrir son cœur, et dire : « Seigneur, je te suis… fais le reste. ». Amen.
Pour tous ceux qui se croient indignes de Dieu, ceux qui pensent être trop loin, trop marqués, trop imparfaits, qu’ils découvrent que ton appel les précède. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui vivent des choix difficiles, qu’ils osent se lever à ta suite, non par héroïsme, mais parce qu’ils se savent aimés. Seigneur, nous te prions.
Pour les pécheurs que nous sommes tous, que nous cessions de nous cacher et acceptions de nous asseoir à ta table. Seigneur, nous te prions.
Pour notre retraite, que ce temps porte du fruit au-delà des mots, dans une confiance renouvelée en ton amour. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …
Commentaires
Enregistrer un commentaire