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Vendredi après les Cendres


 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, les disciples de Jean le Baptiste s’approchèrent de Jésus en disant : « Pourquoi, alors que nous et les pharisiens, nous jeûnons, tes disciples ne jeûnent-ils pas ? » Jésus leur répondit : « Les invités de la noce pourraient-ils donc être en deuil pendant le temps où l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors ils jeûneront. »

Les disciples de Jean posent aujourd’hui une question très simple à Jésus : « Pourquoi jeûnons-nous, et pas tes disciples ? » Ce n’est pas une attaque. Ce n’est pas une provocation. C’est une vraie question spirituelle. Autrement dit : Comment vivre notre relation à Dieu sans la réduire à des pratiques vides ? Et cette question tombe exactement juste, au début du Carême.

Par la voix d’Isaïe, Dieu parle sans détour. Il décrit un peuple très religieux, très actif… mais profondément déconnecté. On jeûne. On prie. On élève la voix. On multiplie les rites. Et Dieu dit, en substance : « Tout cela ne me touche pas, si ton cœur reste fermé. »
Ce n’est pas le jeûne qui est rejeté. C’est le jeûne sans relation, sans justice, sans ouverture à l’autre. Le Carême n’est pas un concours d’efforts. Ce n’est pas un examen spirituel à réussir. Ce n’est pas une accumulation de sacrifices. C’est un chemin pour retrouver un cœur libre. Dieu ne nous demande pas de nous affamer pour lui prouver quelque chose. Il nous invite à cesser de nourrir ce qui nous enferme.

Dans l’Évangile, Jésus répond par une image étonnante : celle d’un mariage. Un mariage, ce n’est pas le temps de la tristesse. C’est le temps de la joie, de la présence, de la relation vivante. Et Jésus ose dire : Quand Dieu est là, la vie n’est pas rétrécie, elle est élargie. Le problème n’est donc pas le jeûne. Le problème, c’est de jeûner comme si Dieu était absent. Le Carême commence non pas par un manque, mais par une présence. Dieu est là. Il marche avec nous. Il désire notre vie, pas notre tristesse. Le Carême n’est pas un régime spirituel… c’est une rééducation du désir.

Isaïe nous donne la clé : le vrai jeûne rend plus attentif, plus juste,plus fraternel. Partager le pain. Délier les chaînes. Soulager la misère. Ne pas se détourner de son frère. Le Carême ne nous éloigne pas du monde. Il nous y rend plus présents. Plus humains. Plus vrais. L’ascèse n’est jamais une fin en soi. La conversion n’est jamais une humiliation.Elles sont des chemins de libération. Dieu ne veut pas des croyants serrés, tristes, contractés. Il veut des hommes et des femmes debout, capables d’aimer,à son image et à sa ressemblance.
Si notre Carême nous rend plus durs, c’est que nous avons raté le sens.

Aujourd’hui, Jésus nous invite à entrer dans le Carême comme on entre dans une relation vivante : sans peur, sans performance, sans masque. Non pas pour devenir moins humains, mais pour le devenir davantage.
Le Carême commence quand on accepte de laisser Dieu désirer notre vie plus que nous-mêmes.

 Pour ton Église, qu’elle n’impose jamais des fardeaux, mais ouvre des chemins de liberté, de vérité et de joie, nous te prions.

Pour notre monde souvent fatigué par la performance et la dureté, donne des hommes et des femmes capables de justice, de compassion et de douceur, nous te prions.

Pour ceux dont le cœur est affamé de reconnaissance, de paix ou d’amour, fais surgir des présences fraternelles qui redonnent goût à la vie, nous te prions.

Pour chacun de nous, au seuil de ce Carême, apprends-nous à jeûner de ce qui nous ferme et à nous nourrir de ce qui nous rend vivants, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …


Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …

Aujourd’hui, choisir un jeûne qui libère : jeûner d’une parole négative, jeûner d’un jugement rapide, jeûner d’une habitude qui ferme le cœur, et poser un geste qui ouvre : un partage, une attention, un pas vers quelqu’un. Pas pour se priver. Mais pour vivre plus largement. 

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