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4ème dimanche de carême A


 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, en sortant du Temple, Jésus vit sur son passage un homme aveugle de naissance. Il cracha à terre et, avec la salive, il fit de la boue ; puis il appliqua la boue sur les yeux de l’aveugle, et lui dit : « Va te laver à la piscine de Siloé » – ce nom se traduit : Envoyé. L’aveugle y alla donc, et il se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins, et ceux qui l’avaient observé auparavant – car il était mendiant – dirent alors : « N’est-ce pas celui qui se tenait là pour mendier ? » Les uns disaient : « C’est lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Mais lui disait : « C’est bien moi. » On l’amène aux pharisiens, lui, l’ancien aveugle. Or, c’était un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. À leur tour, les pharisiens lui demandaient comment il pouvait voir. Il leur répondit : « Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. » Parmi les pharisiens, certains disaient : « Cet homme-là n’est pas de Dieu, puisqu’il n’observe pas le repos du sabbat. » D’autres disaient : « Comment un homme pécheur peut-il accomplir des signes pareils ? » Ainsi donc ils étaient divisés. Alors ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Et toi, que dis-tu de lui, puisqu’il t’a ouvert les yeux ? » Il dit : « C’est un prophète. » Ils répliquèrent : « Tu es tout entier dans le péché depuis ta naissance, et tu nous fais la leçon ? » Et ils le jetèrent dehors. Jésus apprit qu’ils l’avaient jeté dehors. Il le retrouva et lui dit : « Crois-tu au Fils de l’homme ? » Il répondit : « Et qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui ? » Jésus lui dit : « Tu le vois, et c’est lui qui te parle. » Il dit : « Je crois, Seigneur ! » Et il se prosterna devant lui.

Si, par un de ces retournements de l’histoire dont le monde a parfois le secret, la démocratie venait à naître en Iran, on chercherait certainement une femme ou un homme capable de porter ce pays : quelqu’un de solide, de compétent, à la hauteur de la tâche. Et si, en plus, cette personne avait l’allure du gendre idéal, la prestance qui rassure et l’apparence qui inspire confiance, ce ne serait pas pour déplaire.
Au fond, c’est exactement ce que fait Samuel dans la première lecture. Envoyé pour choisir le futur roi d’Israël, il regarde ce que tout le monde regarde : la stature, la force, la prestance. Et peut-on vraiment le lui reprocher ? C’est notre manière spontanée de juger : les yeux cherchent ce qui paraît grand, fort, impressionnant.
Mais Dieu murmure à l’oreille du prophète une parole qui traverse les siècles : « L’homme regarde l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » Et soudain tout change. Celui que Dieu choisit n’est pas le plus visible. Ce n’est pas celui que l’on avait remarqué. C’est David, le plus jeune, presque oublié, resté dans les champs avec les brebis. On ne l’avait même pas appelé. Et nous voilà tout près d’une autre parole devenue célèbre, celle du renard dans Le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : « On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux. » Ce que le renard enseigne au petit prince, Dieu le fait depuis toujours. Il voit en chacun de nous ce qui échappe aux regards. Il voit ce qui est encore caché, fragile, à peine commencé. Car bien souvent, nous nous regardons nous-mêmes avec sévérité. Nous voyons nos limites, nos maladresses, nos pauvretés. Nous nous trouvons petits, insuffisants, presque insignifiants. Mais Dieu regarde autrement.
Là où nous voyons une terre pauvre, lui voit déjà une semence. Une graine minuscule, certes, mais capable de devenir un arbre.

Dans l’Évangile, nous rencontrons un homme qui n’a jamais vu la lumière du jour : l’aveugle-né. Et immédiatement les disciples posent la question que l’on posait souvent dans le monde religieux de l’époque : « Qui a péché ? Lui ou ses parents ? » Comme si la souffrance devait forcément être la conséquence d’une faute. Comme si Dieu était un juge qui distribue les malheurs. Mais Jésus refuse d’entrer dans cette logique. Celui qui révèle un Dieu qui n’est qu’amour ne peut pas, dans le même souffle, annoncer un Dieu qui punirait en envoyant la maladie. Alors Jésus ne cherche pas un coupable. Il ouvre un chemin. Il touche la nuit de cet homme et il y fait entrer la lumière.
Et voilà le vrai miracle. Bien sûr, les yeux s’ouvrent. Mais plus profondément encore, c’est un regard nouveau qui naît : un regard nouveau sur Dieu, un regard nouveau sur soi-même, un regard nouveau sur la vie. Car la foi n’est pas une religion de la culpabilité. La foi est une rencontre. La rencontre avec quelqu’un qui nous regarde autrement, quelqu’un qui voit en nous une beauté que nous ignorions peut-être nous-mêmes. Et c’est pour cela que ce dimanche porte un nom particulier dans le Carême : le dimanche de la joie, le dimanche de Laetare. Oui, nous avons raison de nous réjouir.

Saint Paul le dit aux chrétiens d’Éphèse avec une phrase lumineuse : « Autrefois vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière. » Dans le Seigneur… avec lui… comme une flamme qui reçoit sa lumière d’une autre flamme. Et si, aujourd’hui, le prêtre porte des vêtements roses, ce n’est pas un détail décoratif. C’est un signe discret mais parlant : le violet du Carême commence déjà à s’éclaircir. Comme lorsque l’aube commence à rosir l’horizon.
La lumière approche. Et cette promesse ne vaut pas seulement pour ce dimanche. Elle vaut pour chaque jour de l’histoire du monde, pour l’histoire de l’Église, et pour notre histoire personnelle.
La lumière est déjà là. Peut-être encore fragile, peut-être comme une petite flamme vacillante, comme la mèche d’une bougie qui tremble dans le vent. Mais elle est là.

Et avec le psaume que nous venons de chanter, nous pouvons avancer avec confiance : « Le Seigneur est mon berger. » Alors, même si la route traverse parfois des ravins sombres, même si l’ombre s’allonge devant nous, nous savons ceci : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi. Ton bâton me guide et me rassure. »
Car là où Dieu marche avec nous, la nuit n’a jamais le dernier mot.

 Dieu de lumière et de tendresse, toi qui conduis ton peuple comme un berger à travers les vallées et les collines, toi qui fais lever l’aurore au cœur de nos nuits les plus sombres, écoute la prière qui monte vers toi, comme un chant d’espérance sur les lèvres de tes enfants.

Pour ton Église répandue sur toute la terre : qu’elle marche humblement dans la clarté du Christ, et qu’elle apprenne, à la lumière de ton regard, à reconnaître en chaque visage un frère, une sœur aimée de toi depuis toujours. Qu’elle soit au milieu du monde comme une lampe posée sur le lampadaire, éclairant les chemins de la confiance et de la miséricorde. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre : là où l’ombre de la guerre, de l’injustice et de la peur obscurcit l’horizon des hommes, fais se lever des artisans de paix, des femmes et des hommes au cœur courageux qui sèment des gestes de lumière dans la nuit du monde. Que leur espérance devienne comme une aurore nouvelle pour les nations. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui marchent dans la nuit de l’épreuve : les malades, les personnes seules, ceux dont le cœur est fatigué ou blessé. Que la présence du Christ, douce comme une lampe dans la maison, éclaire leurs pas et rouvre devant eux un chemin de confiance, de consolation et de vie. Seigneur, nous te prions.

Pour les catéchumènes qui avancent vers la source du baptême et pour tous ceux qui cherchent la vérité avec un cœur sincère : que ton Esprit souffle sur eux comme un vent de printemps, qu’il ouvre leurs yeux à la lumière du Christ et qu’ils découvrent la joie profonde d’être aimés de toi. Seigneur, nous te prions.

Pour notre communauté rassemblée en ce dimanche de joie : que ta parole soit pour nous une lampe sur la route et une lumière pour nos pas. Fais de nous, au cœur de nos familles, de nos villes et de nos rencontres, des témoins simples et lumineux de l’Évangile, afin que beaucoup découvrent, à travers nous, la douceur et la joie de ta présence. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui, fais un geste concret qui apporte de la lumière à quelqu’un : appelle une personne seule, encourage quelqu’un, remercie quelqu’un sincèrement, pose un geste de service discret.
Puis prends un instant pour dire intérieurement : « Seigneur, ouvre mes yeux pour voir la lumière autour de moi. »

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