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Jeudi de la 2ème semaine de carême 

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères. Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui. Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.” Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !” Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.” Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

Belle image que celle que nous entendons et dans la première lecture et dans le psaume. C’est le premier psaume du psautier et on pourrait dire qu’il le colore tout entier, comme le début de la Genèse colore toute la Bible.  Il s’agit donc de savoir où sont nos racines.  En Dieu, en nous, en d’autres personnes ou d’autres choses ?  Déjà dans le récit de la Genèse, le Seigneur proposait à Adam et Ève de vivre de lui et ils ont choisi de vivre sans lui, par la désobéissance.  Et la conclusion est simple : tu seras vivant ou mort ; tu seras heureux ou malheureux. 

Avec l’évangile, on pourrait dire qu’on se trouve chez l’opticien.  Le riche - qui n’a pas de nom, vous l’avez remarqué - n’est pas un mauvais bougre, puisqu’il veut sauver sa famille ; ce qui lui est reproché, c’est de ne pas avoir vu, de ne pas avoir chaussé les lunettes de l’amour qui lui aurait permis de voir jusqu’au-devant de son portail.  Là, il aurait vu le pauvre, qui lui porte un nom : Lazare, ce qui signifie : ‘Dieu a secouru ». Et la suite du texte redit la même chose que Jérémie et le psaume.  On nous dit de Lazare que ‘les anges l’emportèrent auprès d’Abraham.’ Il est donc vivant et par conséquent heureux. Du riche on dit simplement qu’il ‘mourut et qu’on l’enterra.’

La fin de la parable peut nous paraître terrible.  Il existe un irréversible.  Mais en fait, ce qui est important, c’est ce qui se passe avant.  C’est donc une parabole, une parole d’espérance : Aujourd’hui, la porte peut s’ouvrir.  Aujourd’hui, nous pouvons devenir un arbre vivant et non de la paille dispersée. Jean Chrysostome commentait ce texte en disant : « Il y a là un abîme infranchissable ; mais cet abîme n’existe qu’après la mort. Tant que nous sommes ici-bas, tout peut changer. Tant que nous respirons, la conversion est possible. » Fondamentalement, ne voulons-nous pas tous être des vivants et des Bienheureux ?  La recette est simple : appuie-toi sur le Seigneur, et en ce temps catéchuménal, même si nous sommes déjà baptisés pour la plupart, replonge tes racines dans l’eau vive de ton baptême.  Amen

 Pour ton Église, Seigneur : qu’elle soit comme l’arbre planté près des eaux, dont les racines plongent dans ta Parole et dont les branches offrent ombre aux voyageurs fatigués ; qu’elle ne cherche pas l’appui des puissants, mais qu’elle mette sa joie dans ta Loi et porte du fruit en son temps.

Pour les nations et leurs responsables : arrache-les aux mirages de la seule puissance ; délivre-les des alliances qui ferment le cœur ; qu’ils entendent le cri du pauvre à la porte et travaillent à une terre où chacun ait place et pain.

Pour ceux qui gisent aux seuils de nos villes et de nos maisons, les Lazare d’aujourd’hui : que ta tendresse les relève ; qu’ils trouvent des mains qui pansent leurs plaies et des cœurs qui franchissent les portails de l’indifférence.
 
Pour ceux que la richesse rassure ou enferme, pour ceux que la peur pousse à se replier : ouvre une brèche dans leurs certitudes ; fais couler en eux le fleuve de la compassion qui traverse les frontières invisibles.

Pour nous tous en marche vers Pâques : toi qui scrutes les reins et les cœurs, purifie nos intentions secrètes ; apprends-nous à choisir la confiance plutôt que la crainte, la générosité plutôt que l’accumulation, et fais de nos vies une terre irriguée par ta grâce.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Poser un geste d’attention envers une personne habituellement ignorée : saluer et écouter quelqu’un que l’on croise sans le voir.




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