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Jeudi de la 5ème semaine de Carême


 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus disait aux Juifs : « Amen, amen, je vous le dis : si quelqu’un garde ma parole, jamais il ne verra la mort. » Les Juifs lui dirent : « Maintenant nous savons bien que tu as un démon. Abraham est mort, les prophètes aussi, et toi, tu dis : “Si quelqu’un garde ma parole, il ne connaîtra jamais la mort.” Es-tu donc plus grand que notre père Abraham ? Il est mort, et les prophètes aussi sont morts. Pour qui te prends-tu ? » Jésus répondit : « Si je me glorifie moi-même, ma gloire n’est rien ; c’est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites : “Il est notre Dieu”, alors que vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais et, si je dis que je ne le connais pas, je serai comme vous, un menteur. Mais je le connais, et sa parole, je la garde. Abraham votre père a exulté, sachant qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu, et il s’est réjoui. » Les Juifs lui dirent alors : « Toi qui n’as pas encore cinquante ans, tu as vu Abraham ! » Jésus leur répondit : « Amen, amen, je vous le dis : avant qu’Abraham fût, moi, JE SUIS. » Alors ils ramassèrent des pierres pour les lui jeter. Mais Jésus, en se cachant, sortit du Temple.

Hier encore, la liturgie nous faisait contempler Marie : une jeune femme qui, humainement parlant, n’avait pas exactement le CV idéal pour une mission divine. Pas de diplôme en théologie céleste, pas d’expérience en maternité divine, et pourtant… choisie.
Et voilà qu’aujourd’hui, en remontant le fil de l’histoire, nous retrouvons Abraham. Même logique divine. Dans le livre de la Genèse, Dieu dit : « Je ferai alliance entre moi et toi. » Et ce qui est frappant — et presque rassurant pour nous tous — c’est ce que Dieu ne dit pas. Il ne dit pas : « Quand tu seras parfait… » (parce que, soyons honnêtes, il risquerait d’attendre très, très longtemps…) Il ne dit pas non plus : « Quand tu auras tout compris… » sinon, là aussi, le projet pourrait être reporté à la fin des temps. Non. Dieu commence. Il prend l’initiative.
Comme avec Marie hier, qui, elle non plus, n’avait pas tout compris — et c’est un euphémisme. L’Alliance est un don. Pas une récompense. Augustin le dit avec une profondeur désarmante : « Dieu nous aime tels que nous sommes, mais il nous aime trop pour nous laisser tels que nous sommes. »
Autrement dit : il nous prend comme nous sommes… mais il ne nous lâche pas en route. La foi commence là : non pas par faire des efforts héroïques, mais par se laisser aimer. Beau programme pour cette fin de Carême. On pourrait presque entendre Dieu nous dire — avec un sourire un peu désarmant : « Laisse-toi aimer… s’il te plaît. » Et, pour une fois, c’est peut-être le seul commandement que nous avons du mal à accomplir.

Même refrain dans l’évangile. Jésus dit : « Si quelqu’un garde ma parole, il ne verra jamais la mort. » Alors là, attention : “garder la Parole”, ce n’est pas devenir un champion olympique de la récitation biblique. Ce n’est pas non plus cocher toutes les cases du parfait croyant (ce qui, entre nous, serait un sport très fatigant). Garder la Parole, c’est l’habiter. La laisser entrer, la laisser travailler, la ruminer — un peu comme une vache spirituelle, mais une vache très contemplative. Bernard de Clairvaux l’exprime magnifiquement : « La Parole de Dieu n’est pas seulement à entendre, elle est à accueillir comme une semence vivante. » Et une semence, ça ne fait pas de bruit. Ça ne pousse pas en une nuit. Ça ne fait pas un miracle spectaculaire à chaque instant. Mais ça travaille. En silence. Et un jour, sans qu’on sache trop comment, la vie surgit.

Et puis, il y a cette parole vertigineuse de Jésus : « Avant qu’Abraham fût, JE SUIS. » Pas « j’étais ». Pas « je serai ». « JE SUIS ». Le Nom de Dieu, celui du buisson ardent. Une présence qui ne dépend pas du passé, ni de l’avenir. Une présence… maintenant. Et si vous enlevez le « I » de « JE SUIS » vous obtenez « JÉSUS ». Bon, théologiquement, c’est un peu audacieux, mais avouez que c’est plutôt bien trouvé ! Ce que cela veut dire, au fond, c’est simple : Dieu est là. Aujourd’hui. Dans nos vies. Pas seulement dans les grands moments, mais dans les petites heures ordinaires. Grégoire de Nazianze disait que Celui qui est, est toujours présent à ceux qui vivent en lui. Nous ne marchons jamais seuls. Même si, parfois, on aimerait bien qu’il se manifeste un peu plus clairement… Parce que, soyons honnêtes, Dieu a un certain goût pour la discrétion. Très efficace, mais discret. Alors peut-être que la bonne nouvelle aujourd’hui, c’est celle-ci : Dieu fait alliance avec nous tels que nous sommes. Il sème sa parole en nous même si le terrain est parfois un peu caillouteux. Et il marche avec nous, même quand nous avons l’impression d’avancer seuls. Et au fond, il nous dit simplement : « Je suis là. » Et visiblement… ça suffit pour que la vie commence.

Dieu d’Alliance, toi qui te révèles comme Celui qui est, toi qui appelles Abraham à marcher en ta présence, toi qui fais passer ton peuple de la peur à la vie, écoute la prière de tes enfants.

Pour ton Église, gardienne de ton Alliance et servante de ta Parole, qu’elle soit une tente ouverte au milieu des hommes, un lieu où ta promesse demeure vivante,et un signe de ta fidélité qui ne passe pas. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où les alliances humaines sont fragiles et souvent brisées, viens renouveler les cœurs, et fais grandir des artisans de paix qui vivent de la fidélité et de la confiance.
Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui traversent l’épreuve du temps, ceux qui ont peur de l’avenir, ceux qui se sentent enfermés dans la fragilité de leur existence, fais-leur découvrir ta présence qui ouvre un chemin de vie plus fort que la mort. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui accueillent ta Parole, et pour ceux qui peinent à la comprendre, fais-la germer en eux comme une semence cachée, et donne-leur de porter du fruit en patience et en paix. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés aujourd’hui, apprends-nous à vivre en ta présence, à garder ta Parole dans nos cœurs, et à marcher chaque jour dans la confiance. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Choisis une phrase simple de l’Évangile d’aujourd’hui : « JE SUIS » ou « Garde ma parole ». Et garde-la avec toi toute la journée : dans un moment de stress, dans une rencontre, dans un silence.
Pas besoin d’en faire beaucoup. Juste laisser cette parole descendre doucement en toi. Comme une présence. 



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