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Lundi de la 5ème semaine de Carême

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus s’en alla au mont des Oliviers. Dès l’aurore, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s’assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu’on avait surprise en situation d’adultère. Ils la mettent au milieu, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été surprise en flagrant délit d’adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, que dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. Mais Jésus s’était baissé et, du doigt, il écrivait sur la terre. Comme on persistait à l’interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Il se baissa de nouveau et il écrivait sur la terre. Eux, après avoir entendu cela, s’en allaient un par un, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme toujours là au milieu. Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

Il y a, dans notre monde, des jugements qui tombent plus vite que la pluie d’un orage d’été. Des verdicts sans appel, des sentences expéditives, des vérités bâclées. Un jeune champion de lutte âgé 19 ans, Saleh Mohammadi, ainsi que deux autres personnes arrêtées lors de la violente répression contre des manifestants anti-régime en janvier, ont été exécutés lors de pendaisons publiques ce jeudi en Iran, après un pseudo procès … Justice expéditive, comme si la justice pouvait aller aussi vite qu’un clic sur un écran. On pourrait en citer tant d’autres… Et soudain, on se rend compte que cette histoire n’est pas si nouvelle. Déjà, dans le livre de Daniel, il y a Suzanne. Une femme innocente, prise dans un filet de mensonges, cernée par des regards qui accusent, enfermée dans une vérité fabriquée.
Le mensonge est sûr de lui. Le jugement est prêt. La foule est déjà presque en train de ramasser les pierres.
Et puis… Dieu se glisse dans l’histoire. Discrètement. Sans bruit. Il suscite un jeune homme, Daniel, qui ose poser une question, juste une question… mais une vraie. Et la vérité se lève, non pas comme un marteau qui écrase, mais comme une lumière qui dévoile. Car oui, notre Dieu aime la vérité. Mais pas la vérité qui écrase, la vérité qui libère. Et en Jesus Christ, la Vérité a pris chair : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie. »

Chez Jean, une autre scène se déploie. Une femme est là, au centre.
Exposée. Désignée. Coincée entre la Loi et la foule. Tout le monde regarde sa faute. C’est fascinant, d’ailleurs, cette capacité humaine : nous avons parfois un doctorat en observation des erreurs des autres… et une certaine difficulté en introspection personnelle.
Mais Jésus, lui, ne regarde pas comme la foule. Il voit la personne.  Et il lui dit : « Femme… » Un mot simple, mais chargé d’une profondeur immense. Comme à Cana, comme au pied de la croix, comme au bord du puits avec la Samaritaine. Ce mot n’enferme pas,
il élargit. Il ne réduit pas à une faute, il ouvre à une dignité. La première femme — et le premier homme aussi, ne l’oublions pas, messieurs — avaient abîmé le jardin des origines. Mais voici que, par Marie, nouvelle Ève, et par le Christ, nouvel Adam, un monde nouveau commence.
Et dans ce monde nouveau, il y a de la place pour la Samaritaine, pour cette femme blessée, et… pour chacun de nous. « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. » Augustin a cette formule inoubliable : « Il ne resta que deux : la misère et la miséricorde. » Voilà peut-être le cœur de l’Évangile. Dieu ne dit pas que le mal n’existe pas. Mais il refuse absolument de réduire une personne à son mal. La foi n’est pas un tribunal. C’est une rencontre. Une rencontre qui relève.

Et puis il y a ce détail magnifique, presque discret. Les accusateurs s’en vont. Un à un. Sans bruit. Sans discours. Sans conférence de presse. Pas d’humiliation publique, pas de règlement de comptes. Juste un silence. Comme si chacun, tout à coup, avait rendez-vous avec sa propre conscience. Et là, tout change. Parce que Dieu ne nous écrase pas. Il ne nous humilie pas. Il ne nous met pas au pilori.
Il éclaire. Doucement. De l’intérieur. Et il nous laisse libres.
Alors peut-être que cette fin de Carême n’est pas un temps pour devenir experts en jugement des autres. (Le monde en compte déjà beaucoup, et ils travaillent à plein temps.) Mais un temps pour revenir à la douceur du regard de Dieu. Un regard qui ne nie pas la vérité, mais qui la baigne de miséricorde.
Et peut-être — qui sait ? — que ces hommes partis, troublés, en silence, ont découvert quelque chose d’inattendu : que ce regard posé sur cette femme était aussi posé sur eux. Et que, derrière leurs pierres tombées, commençait, discrètement, leur propre chemin de conversion. 

Dieu de miséricorde, toi qui écris dans la poussière de nos chemins des paroles de vie et de pardon, toi qui relèves sans condamner et qui fais jaillir la vérité comme une source, écoute la prière de ton peuple.

Pour ton Église, appelée à annoncer ton pardon au cœur du monde, qu’elle soit un lieu où personne n’est enfermé dans son passé, une maison où l’on apprend à se relever, et un signe humble de ta miséricorde infinie. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où la justice devient dure, où les jugements sont rapides, où les hommes se condamnent les uns les autres, fais grandir des cœurs capables d’écoute et de compassion, et ouvre des chemins de réconciliation. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui portent le poids de leurs fautes, ceux qui vivent dans la honte ou le regret, ceux qui n’osent plus relever la tête, viens poser sur eux ton regard de tendresse et fais renaître en eux la confiance. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui sont jugés, accusés ou rejetés, parfois injustement, parfois durement, sois leur défenseur et leur lumière, et donne-leur de trouver des visages qui relèvent. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés aujourd’hui, apprends-nous à déposer les pierres que nous tenons parfois dans nos mains, à regarder les autres avec ton regard, et à marcher humblement sur le chemin du pardon. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Poser une pierre… ou la déposer. Aujourd’hui, prends conscience : d’un jugement que tu portes sur quelqu’un, ou sur toi-même. Et fais un geste intérieur (ou concret) : renonce à une critique,
pardonne, même intérieurement, ou parle avec douceur là où tu aurais été dur.
Et laisse résonner cette parole : « Moi non plus, je ne te condamne pas. »


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