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Mardi de la 5ème semaine de Carême

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Je m’en vais ; vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller. » Les Juifs disaient : « Veut-il donc se donner la mort, puisqu’il dit : “Là où moi je vais, vous ne pouvez pas aller” ? » Il leur répondit : « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous, vous êtes de ce monde ; moi, je ne suis pas de ce monde. C’est pourquoi je vous ai dit que vous mourrez dans vos péchés. En effet, si vous ne croyez pas que moi, JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés. » Alors, ils lui demandaient : « Toi, qui es-tu ? » Jésus leur répondit : « Je n’ai pas cessé de vous le dire. À votre sujet, j’ai beaucoup à dire et à juger. D’ailleurs Celui qui m’a envoyé dit la vérité, et ce que j’ai entendu de lui, je le dis pour le monde. » Ils ne comprirent pas qu’il leur parlait du Père. Jésus leur déclara : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS, et que je ne fais rien de moi-même ; ce que je dis là, je le dis comme le Père me l’a enseigné. Celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable. » Sur ces paroles de Jésus, beaucoup crurent en lui.

Dans le livre des Nombres, le peuple marche dans le désert… et il faut bien reconnaître que le désert, ce n’est pas exactement un centre de vacances. Le sable, la fatigue, les plaintes — et, comme si cela ne suffisait pas, voilà que surgissent des serpents. Pas les petits serpents décoratifs… non, des serpents qui mordent, qui injectent leur venin, qui rappellent brutalement que la vie peut vaciller. Image forte du mal, de ce qui nous atteint, de ce qui nous ronge parfois de l’intérieur.
Et alors, on s’attendrait à une solution très moderne : un bon coup de pesticide céleste, une opération “zéro serpent”, un nettoyage divin express. Mais non. Dieu propose quelque chose d’étonnant, presque déroutant : « Regarde… et tu vivras. » Avouons-le : ce n’est pas instinctif. Quand quelque chose nous fait peur, notre premier réflexe n’est pas de regarder, mais de fuir, de fermer les yeux, ou, pour les plus courageux, de courir très vite dans la direction opposée.
Et pourtant, Dieu dit : lève les yeux. Regarde… le serpent. Grégoire de Nysse nous aide à comprendre : « Celui qui regarde avec foi vers le signe reçoit la guérison, non par le signe lui-même, mais par Celui qu’il signifie. » Autrement dit : il ne s’agit pas d’admirer le serpent comme une œuvre d’art — ce n’est pas une exposition au musée du désert. Il s’agit de regarder au-delà, vers Dieu qui sauve. Et Paul le dira d’une manière fulgurante : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché… » Mystère étonnant : le Christ prend sur lui ce qui nous blesse, non pour l’encourager, mais pour le désarmer. Il prend le mal… et il le met à terre. Alors, en regardant ce qui nous faisait peur, nous découvrons Celui qui est plus fort que la peur. La foi devient alors quelque chose de très simple — et, heureusement, parce que sinon on serait tous recalés : un regard tourné vers Dieu au cœur même de ce qui nous blesse.

Et dans l’évangile, Jésus reprend cette image, mais en la portant à son sommet : « Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous comprendrez… » Et là, Jean joue avec un mot magnifique : élever. En français comme en grec, cela veut dire deux choses à la fois : élever sur la croix, élever dans la gloire. C’est quand même le seul “trône” où le roi est cloué au lieu d’être assis. La croix n’est pas un accident de parcours, ni un échec malheureux. C’est une révélation. Un peu comme la naissance de Jésus dans une mangeoire : on s’attend à un palais… et on trouve une étable. Décidément, Dieu a un certain goût pour les mises en scène déroutantes. Augustin le dit avec profondeur : « Le Seigneur a été élevé pour que ceux qui regardent vers lui soient guéris de l’orgueil. » Nous ne sommes pas écrasés par la croix. Nous y découvrons qui est Dieu : non pas un Dieu qui domine, mais un Dieu qui se donne.

Et enfin, Jésus prononce cette parole immense : « Vous saurez que Moi, JE SUIS. » Ce “JE SUIS”, c’est le Nom même de Dieu depuis le buisson ardent. Cela veut dire : Dieu est là, Dieu est présent, Dieu agit, Dieu accompagne. Pas un Dieu lointain, pas un Dieu théorique, pas un Dieu réservé aux spécialistes. Un Dieu vivant. Et au fond, tout est là : puisqu’Il est, nous sommes. Puisqu’Il est vivant, nous vivons. Puisqu’Il est ressuscité… alors, d’une certaine manière, la vie a déjà commencé en nous. Alors, au cœur de ce Carême, au milieu de nos déserts, de nos morsures, de nos fatigues, il nous est simplement demandé ceci : ne pas fuir, ne pas désespérer, mais lever les yeux. Même si c’est un petit regard. Même si c’est un regard un peu tremblant. Parce que, visiblement, Dieu sait faire des miracles avec très peu de choses… y compris avec un regard. 

Dieu vivant, toi qui conduis ton peuple à travers le désert et qui fais jaillir l’eau du rocher pour les assoiffés, toi qui relèves ceux que le mal a mordus et qui dresses au milieu de nos nuits un signe de salut, toi qui élèves ton Fils afin que quiconque regarde vers lui ait la vie, écoute la prière de tes enfants.

Pour ton Église, assemblée par ta Parole et nourrie de ta vie, qu’elle soit comme la colonne de feu dans la nuit, comme la nuée qui guide au jour, qu’elle montre au monde le Fils élevé et devienne pour tous un lieu de relèvement et de paix. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où les nations marchent dans l’ombre et l’inquiétude, où les blessures de l’histoire crient encore, où la violence marque les corps et les mémoires, fais lever des veilleurs d’espérance, des artisans de justice et de paix, qui préparent les chemins de ta vie nouvelle. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui sont atteints dans leur chair ou dans leur cœur, ceux qui avancent dans la nuit de l’épreuve, ceux dont la dignité a été blessée, qu’ils lèvent les yeux vers toi comme Israël au désert, et qu’ils trouvent en ton Fils élevé la guérison, la paix et la force de vivre. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui cherchent ton visage sans toujours le connaître, pour ceux qui doutent et pour ceux qui se sentent perdus, ouvre en eux un chemin dans le désert, fais jaillir une source au cœur de leur soif, et révèle-toi comme le Dieu fidèle qui ne cesse d’accompagner son peuple. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés aujourd’hui, toi qui nous appelles à sortir de nos peurs et à marcher vers la lumière, apprends-nous à lever les yeux vers ton Fils, à accueillir ton Esprit qui donne la vie, et à avancer chaque jour dans la confiance et dans la paix. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui, prends un moment (même très bref) : devant une croix, dans une église, ou simplement en silence. Et fais ce geste intérieur : Arrête de te regarder toi-même, lève les yeux vers le Christ et dis simplement : « Seigneur, je regarde vers toi. » C’est tout.


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