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Samedi de la 4ème semaine de Carême

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus enseignait au temple de Jérusalem. Dans la foule, on avait entendu ses paroles, et les uns disaient : « C’est vraiment lui, le Prophète annoncé ! » D’autres disaient : « C’est lui le Christ ! » Mais d’autres encore demandaient : « Le Christ peut-il venir de Galilée ? L’Écriture ne dit-elle pas que c’est de la descendance de David et de Bethléem, le village de David, que vient le Christ ? » C’est ainsi que la foule se divisa à cause de lui. Quelques-uns d’entre eux voulaient l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui. Les gardes revinrent auprès des grands prêtres et des pharisiens, qui leur demandèrent : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ? » Les gardes répondirent : « Jamais un homme n’a parlé de la sorte ! » Les pharisiens leur répliquèrent : « Alors, vous aussi, vous vous êtes laissé égarer ? Parmi les chefs du peuple et les pharisiens, y en a-t-il un seul qui ait cru en lui ? Quant à cette foule qui ne sait rien de la Loi, ce sont des maudits ! » Nicodème, l’un d’entre eux, celui qui était allé précédemment trouver Jésus, leur dit : « Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord pour savoir ce qu’il a fait ? » Ils lui répondirent : « Serais-tu, toi aussi, de Galilée ? Cherche bien, et tu verras que jamais aucun prophète ne surgit de Galilée ! » Puis ils s’en allèrent chacun chez soi.

Pauvre Jeremie… le voilà qui découvre, presque malgré lui, que l’ombre s’est glissée autour de sa vie : « J’étais comme un agneau docile qu’on mène à l’abattoir… » Image fragile, bouleversante. Pas celle d’un héros invincible, ni d’un homme qui masque ses blessures derrière des mots trop sûrs. Jérémie ne joue pas à être fort. Il ne maquille pas la réalité, comme on le voit chez un président américain. Il ne fait pas semblant d’aller bien. Il est atteint, surpris, vulnérable — simplement humain. Et c’est là qu’il nous rejoint. Car nous aussi, parfois, nous avançons sans comprendre, nous sommes bousculés par ce qui nous arrive, fatigués par des combats imprévus. Alors, comme lui, nous pouvons nous tenir devant Dieu sans masque et sans défense, avec ce que nous sommes, avec ce que nous portons. Et déposer notre vie entre ses mains. Augustin nous murmure alors : « Jette-toi en lui, ne crains pas : il ne se retirera pas pour te laisser tomber. »
Se jeter en Dieu… comme on se laisse tomber dans des bras sûrs, comme on confie son poids à une fidélité plus grande.
Car la foi n’est pas une armure, ni une force permanente, ni une illusion répétée pour se rassurer. Elle est un appui. Un abandon confiant. Elle est l’audace douce de s’appuyer sur Dieu dans la vérité de nos fragilités.

Dans l’évangile de ce jour, les voix se croisent, se heurtent, se divisent. Certains reconnaissent, d’autres doutent, d’autres encore ferment leur cœur. Rien n’est simple, rien n’est unanime, rien n’est acquis. Et cela peut étrangement nous apaiser. Car la foi n’efface pas les tensions. Elle ne supprime ni les questions, ni les hésitations, ni les combats intérieurs.
Le Pape Léon le Grand écrivait déjà au 6ème siècle : « La vérité, en venant dans le monde, suscite contradiction, afin de révéler les cœurs. » Oui, la lumière dérange parfois, non pour blesser, mais pour dévoiler. Alors nos doutes ne sont pas des obstacles, ils sont des passages. Nos questions ne sont pas des failles, elles sont des ouvertures. Même les plus grands ont traversé la nuit : Mère Térésa de Calcutta a porté, pendant des années, un silence intérieur profond et pourtant, elle n’a jamais cessé d’aimer.

Et puis, au milieu du tumulte, une voix presque imperceptible se lève. Celle de Nicodème. Pas un cri. Pas un discours. Juste une question : « Notre Loi permet-elle de juger un homme sans l’entendre d’abord ? » Une simple parole, posée comme une pierre de justice dans le flot des jugements. Il ne s’impose pas. Il n’éclaire pas tout. Mais il ouvre un espace.
Jean Chrysostome le remarque avec finesse : « Il ne venait pas encore ouvertement, mais il n’était pas non plus indifférent. » Voilà peut-être le chemin de la foi. Non pas être parfait, ni tout comprendre, ni tout accomplir d’un seul coup, mais refuser l’indifférence.
Laisser naître en soi une parole juste, un geste vrai, un pas, même fragile. Nous ne sommes pas appelés à tout transformer, ni à apaiser toutes les tempêtes. Mais simplement, parfois, à être cette voix discrète, ce frémissement de justice, cette lumière fragile au bon moment.
Un pas… puis un autre pas… Et déjà, le chemin s’ouvre. 

Pour ton Église, appelée à témoigner de ton amour au milieu des divisions du monde, donne-lui un cœur humble et courageux, qu’elle sache annoncer la vérité avec douceur et servir la paix avec persévérance. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où les conflits divisent, où les paroles blessent, où la vérité est déformée,fais lever des artisans de justice et de dialogue qui ouvrent des chemins de réconciliation. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui sont blessés par l’injustice, ceux qui subissent le rejet ou la calomnie, ceux qui vivent dans la peur ou l’incompréhension, viens les soutenir dans leur épreuve et fais grandir en eux la confiance. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui doutent, ceux qui cherchent, ceux qui hésitent à croire, éclaire leur chemin et fais grandir en eux une foi paisible et vivante. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés aujourd’hui, apprends-nous à écouter avant de juger, à parler avec vérité et douceur, et à marcher humblement sous ton regard. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Être une “voix juste” dans une situation concrète. Aujourd’hui, dans une discussion, une situation ou une tension : prends le temps d’écouter, évite de juger trop vite, ose dire une parole juste, simple et paisible. Pas pour convaincre, mais pour ouvrir un espace de vérité et de paix. Et intérieurement, dis : « Seigneur, fais de moi un artisan de justice et de justesse. »

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