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Vendredi de la 2ème semaine de carême 

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.” Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !” Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? » On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. » Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »
En entendant les paraboles de Jésus, les grands prêtres et les pharisiens avaient bien compris qu’il parlait d’eux. Tout en cherchant à l’arrêter, ils eurent peur des foules, parce qu’elles le tenaient pour un prophète.

Humainement, Dieu devrait s’avouer vaincu par la force de guerre venant du cœur de l’homme et capituler purement et simplement.  C’est ce que la liturgie de ce jour nous montre à première vue : Joseph est vendu par ses frères et le fils de la parabole est tué par les vignerons.  Dans les deux cas on peut voir ce qui va bientôt arriver au Christ.  On pourrait comprendre que Dieu dépose les armes de l’amour.  Et pourtant le Seigneur continue d’écrire l’histoire, l’Histoire Sainte comme on l’appelait jadis, même quand l’homme la brise.  On pourrait même dire en quelque sorte qu’il fait encore mieux que le projet initial : Joseph adoubé par Pharaon va sauver son peuple et Jésus, versera son sang, mais dit toute prière eucharistique « pour la multitude, en rémission des péchés ».
Voilà qui est rassurant. Le Carême nous rappelle une chose simple mais tellement fondamentale : nos refus, nos peurs n’empêcheront jamais Dieu de poursuivre son œuvre de salut : faire de nous des hommes et des femmes debout et vivants. C’est le temps de la patience de Dieu.  Il continue sans cesse de planter sa vigne dans le cœur du monde.

Et on le voit clairement dans la parabole : le maître de la vigne envoie serviteur après serviteur. C’est l’histoire de toute la Bible : les patriarches, les prophètes, les sages… et finalement le Fils et après lui, l’Esprit, les saints et l’Église. Dieu ne se décourage pas devant la dureté humaine.
Il recommence toujours. Il ne capitule jamais.  Durant le Carême le Seigneur fait une visite, une visitation dans notre vigne intérieure. Et il ne vient pas pour condamner, mais pour voir si quelque chose peut encore porter du fruit. Et le Seigneur sait mieux que nous que sous les cendres du mercredi, se cachent souvent les braises du feu pascal.  Le feu est parfois caché, mais il est toujours là.  Ce que nous avons reçu au baptême ne peut pas disparaître, il peut juste diminuer et le Seigneur nous visite non pas comme chantait Johnny Hallyday pour « allumer le feu », mais pour ranimer le feu.  Avec le Seigneur, nous sommes placés, durant ces 40 jours en réanimation. 

Joseph est vendu. Jésus est rejeté. Mais Dieu transforme ces tragédies en chemins de vie. Joseph sauvera ses frères de la famine. Jésus donnera sa vie pour la multitude. On pourrait dire que la logique de Dieu n’est pas celle de la vengeance, mais celle de la fécondité. Le Carême nous invite simplement à croire que même ce qui semble perdu peut devenir source de vie entre les mains de Dieu. Un théologien, Robert Guelluy aimait à redire : Dieu est le premier écolo ; il est spécialiste dans la récupération des déchets ».  Et nous savons tous que c’est sur le compost que poussent les plus gros potirons.  Alors faisons-lui confiance, tout simplement. Amen

 Pour l’Église répandue sur toute la terre. Qu’elle garde la mémoire des merveilles du Seigneur et qu’elle annonce avec douceur la pierre rejetée qui est devenue la pierre d’angle.

Pour les peuples éprouvés par la violence et la guerre. Que le Dieu qui a relevé Joseph de sa détresse ouvre des chemins de réconciliation là où les frères se sont divisés.

Pour ceux qui portent des responsabilités politiques, économiques et sociales. Qu’ils se souviennent que la terre est une vigne confiée par Dieu et qu’ils en prennent soin avec justice.

Pour les personnes trahies, rejetées ou blessées par leurs proches. Que le Seigneur qui transforme les épreuves en source de vie leur donne espérance et consolation.

Pour notre communauté. Que ce temps de Carême fasse mûrir en nous les fruits de patience, de pardon et de confiance.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui, prenons soin de la vigne que Dieu nous confie : une relation, une parole, une attention.




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