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Vendredi de la 4ème semaine de Carême

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus parcourait la Galilée : il ne voulait pas parcourir la Judée car les Juifs cherchaient à le tuer. La fête juive des Tentes était proche. Lorsque ses frères furent montés à Jérusalem pour la fête, il y monta lui aussi, non pas ostensiblement, mais en secret. On était déjà au milieu de la semaine de la fête quand Jésus monta au Temple ; et là il enseignait. Quelques habitants de Jérusalem disaient alors : « N’est-ce pas celui qu’on cherche à tuer ? Le voilà qui parle ouvertement, et personne ne lui dit rien ! Nos chefs auraient-ils vraiment reconnu que c’est lui le Christ ? Mais lui, nous savons d’où il est. Or, le Christ, quand il viendra, personne ne saura d’où il est. » Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria : « Vous me connaissez ? Et vous savez d’où je suis ? Je ne suis pas venu de moi-même : mais il est véridique, Celui qui m’a envoyé, lui que vous ne connaissez pas. Moi, je le connais parce que je viens d’auprès de lui, et c’est lui qui m’a envoyé. »
On cherchait à l’arrêter, mais personne ne mit la main sur lui parce que son heure n’était pas encore venue.

Le livre de la Sagesse nous fait entrer dans une scène presque sombre, comme un théâtre d’ombres où se joue le destin du juste : « Attirons-le dans un piège, car il nous dérange… » Le juste gêne. Sa lumière trouble les habitudes, sa droiture met en question les chemins trop faciles. Et comme un écho à travers les siècles, une chanson de Georges Brassens murmure avec une ironie douloureuse : « Le prophète a dit la vérité, il doit être exécuté. »
Ce juste, ce prophète, nous le reconnaissons : c’est le Christ.
Mais si nous écoutons bien, cette parole ne parle pas seulement de lui. Elle dit quelque chose de notre monde, et parfois aussi de nos vies : quand faire le bien dérange, quand dire la vérité coûte, quand la droiture est mal comprise. Il arrive alors que la lumière soit rejetée parce qu’elle éclaire trop. Les chrétiens en font souvent les frais. Et pourtant… c’est là que commence la bonne nouvelle. Car Dieu n’est pas absent de ces nuits-là. Augustin l’a écrit avec force : « Le Christ a souffert pour nous, afin que nous apprenions à souffrir en lui. » Souffrir en lui… c’est-à-dire avec lui, jamais seuls. Avec lui, dans sa présence, dans sa proximité. Car Dieu ne regarde pas nos combats de loin, comme un spectateur indifférent. Il marche avec nous, au rythme parfois lent de nos pas, dans la poussière de nos chemins.

Dans l’évangile de ce jour, Jésus avance, libre. On parle sur lui, on doute de lui, on cherche à l’arrêter. Et pourtant, il marche. Il traverse les regards, il franchit les peurs, il poursuit son chemin comme un fleuve qui ne s’arrête pas. Et cette phrase tombe, à la fois grave et paisible : « Personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n’était pas encore venue. »
Il y a dans ces mots une mystérieuse paix. Car tout ne dépend pas de nous. Tout ne dépend pas des autres. Il y a un temps caché, un rythme secret, le « temps de Dieu ». Jean Chrysostome l’explique ainsi : « Ils cherchaient à le saisir, mais ils ne le pouvaient pas, car sa vie n’était pas soumise à leur pouvoir, mais à la volonté divine. »
Et cela nous rejoint profondément : nos vies ne sont pas livrées au hasard, ni abandonnées aux forces du monde. Elles reposent, mystérieusement, dans les mains de Dieu. Et cela peut déposer en nous une paix silencieuse.

Et puis, au cœur du livre de la Sagesse, une phrase presque discrète, mais décisive : « Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu. » Nous voilà renvoyés à cette vérité simple et essentielle : nous voyons les apparences, mais Dieu voit plus loin.
Comme le rappelle le Petit Prince : « l’essentiel est invisible pour les yeux. » Les adversaires du juste pensent comprendre, mais ils passent à côté de la lumière. Et cela nous libère profondément. Nous n’avons pas besoin de tout comprendre, ni de tout maîtriser, ni de tout expliquer. Car la foi n’est pas une prise de contrôle. Elle est un espace ouvert.

Irénée écrivait : « Là où est l’Esprit de Dieu, là est la liberté. » Une liberté intérieure, faite de confiance, même lorsque tout n’est pas clair, même lorsque la route semble obscure.

Alors, en ce temps de Carême, nous sommes invités à marcher. Marcher avec le Christ, pas à pas, sans tout comprendre, mais sans jamais être seuls. Marcher avec lui vers Jerusalem, là où la nuit et la lumière vont se rencontrer, là où la mort elle-même sera traversée, là où la vie jaillira plus forte que tout. Et dans cette marche, garder au cœur cette certitude paisible : même dans l’ombre, même dans l’incompréhension, Dieu conduit l’histoire vers la vie.

Pour ton Église, Seigneur, toi qui la fais marcher sur les routes du monde à la suite de ton Fils, donne-lui le souffle libre de ton Esprit,
qu’elle avance sans se laisser alourdir par la peur ni ralentir par le découragement, mais qu’elle devienne, au cœur des hommes, comme une parole douce et vraie où se révèle ton amour offert à tous. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où la vérité se voile comme un ciel assombri,où la justice vacille comme une lampe fragile, où les justes marchent dans l’incompréhension, fais surgir des veilleurs d’aube, des artisans de paix et de lumière, qui gardent allumée la flamme de l’espérance. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux que le rejet a blessés, ceux que l’injustice a courbés, ceux que l’incompréhension a enfermés dans le silence, ceux qui avancent seuls au cœur de l’épreuve, viens les rejoindre dans la nuit de leurs combats, soutiens-les de ta présence fidèle et redresse en eux la force tranquille de la confiance. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui cherchent un sens à leur vie, ceux dont la foi hésite comme une flamme dans le vent, ouvre devant eux des chemins de lumière, fais jaillir en eux des sources cachées, et conduis-les vers la paix profonde qui naît de ta présence. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés en ce jour, apprends-nous à vivre sous ton regard de miséricorde, à poser sur les autres un regard patient et juste, et à marcher, pas à pas, dans la clarté humble et fidèle de ta vérité. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui, dans une situation un peu tendue ou frustrante : ne réponds pas tout de suite, prends un moment de recul, respire, confie la situation à Dieu. Et dis intérieurement : « Seigneur, ma vie est entre tes mains. » Puis pose un geste ajusté, paisible. Parce que souvent, la vraie force n’est pas de réagir vite, mais d’agir avec un cœur libre et habité. 

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