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Jour de Pâques

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Ce matin… le monde ne s’est pas réveillé dans le calme. Le bruit des bombes et des missiles traverse encore le ciel de l’Ukraine, du Liban, d’Israël, de l’Iran et de tant d’autres lieux où la peur a pris racine.
Et pourtant… ce matin-là, le premier matin de Pâques, il n’y avait pas davantage de trompettes. Pas d’anges en fanfare au-dessus de Jérusalem. Pas de déclaration officielle. Pas de conférence de presse céleste. Juste… une femme.
Une femme qui marche dans l’aube incertaine, entre la nuit qui s’accroche et le jour qui hésite à naître. Marie Madeleine.
Il fait encore sombre. Comme chez nous, parfois. Entre ce que nous voyons et ce que nous espérons.

Et elle voit. Mais elle ne voit pas Jésus. Pas encore. Elle voit… une absence. Une pierre roulée. Un tombeau ouvert. Un vide.
Étrange victoire. Pas de territoires conquis. Pas de bilan stratégique. Pas de “cibles atteintes”. Juste… un tombeau vide.
Avouons-le, nous aurions préféré autre chose. Quelque chose de plus spectaculaire. Un signe clair, net, incontestable. Une résurrection qui s’impose comme une évidence.
Mais Dieu… commence autrement. Il commence par un manque. Un espace ouvert. Un vide qui devient promesse.

Alors Pierre et l’autre disciple se mettent à courir. (Et oui, détail délicieux : l’un court plus vite que l’autre… comme quoi, même au matin de Pâques, il y a encore un peu de compétition fraternelle !)
Mais derrière ce sourire, une vérité plus profonde : le cœur – Jean, l’Eglise mystique – va plus vite que les structures, l’institution – Pierre, l’Eglise institutionnelle.
Ils arrivent. Ils regardent. Et l’Évangile dit simplement, en parlant de Jean : « Il vit… et il crut. »
Pas de miracle éclatant. Pas de preuve irréfutable. Juste des linges posés. Juste un signe fragile. Juste une lumière intérieure qui se lève.
C’est peut-être cela, Pâques. Pas une évidence qui s’impose à tous, mais une clarté qui naît doucement en nous. Une lumière qui ne supprime pas la nuit, mais qui la traverse. Même — et peut-être surtout — au cœur des ténèbres de notre monde.

Le Christ est ressuscité… mais il ne s’impose pas. Il n’écrase pas.
Il n’envahit pas. Il ouvre. Un chemin. Un espace. Une possibilité. Et il nous laisse libres d’entrer.

Plus tard, Pierre dira : « Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection. » Quelle simplicité bouleversante. La résurrection n’est pas une idée brillante. Ce n’est pas une théorie bien construite. C’est une présence. Une vie partagée. Un repas qui continue.
Et Paul nous glisse presque à l’oreille : « Enlevez le vieux levain… soyez une pâte nouvelle. » Autrement dit : Pâques ne se regarde pas seulement… elle se devient. Une vie transformée. Une existence qui laisse circuler autre chose.

Et puis il y a ce chant ancien, qui traverse les siècles comme une mémoire vivante : « La vie et la mort se sont affrontées en un duel prodigieux… » On imagine un combat gigantesque… et pourtant, tout s’est joué dans le silence d’un tombeau.
Dieu n’a pas fait de bruit. Il a simplement… relevé son Fils. Et ce geste discret a déplacé l’histoire entière.

Alors aujourd’hui, la joie de Pâques n’est pas forcément bruyante. Elle est profonde. Paisible. Presque fragile. Une joie qui peut cohabiter avec nos questions, nos blessures, nos inquiétudes et même nos révoltes.
Car Dieu n’a pas enlevé la croix. Et, visiblement… il n’a pas encore arrêté toutes les guerres. Mais — et c’est là le mystère — la nuit n’est plus tout à fait la nuit. Depuis ce matin-là, quelque chose s’est fissuré dans l’obscurité. Et comme le chante Leonard Cohen : « Il y a une fissure en toute chose… c’est ainsi que la lumière entre. »

Alors oui, il y a encore des bombes. Oui, il y a encore des larmes. Oui, il y a encore des nuits. Mais aucune nuit n’est totalement fermée. Car Dieu n’a pas fermé le tombeau. Il l’a ouvert. Et depuis ce jour, toutes nos nuits portent en elles une fissure de lumière.

Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia !

Dieu de la vie, Source cachée sous la pierre roulée, Souffle discret qui traverse la nuit du monde, toi qui fais lever l’aube là où tout semblait enseveli, toi qui relèves ton Fils du silence des tombeaux, toi qui ouvres des passages dans nos impasses, écoute la prière de ton peuple en fête, debout à l’aube de ta lumière.

Pour ton Église, née du matin de Pâques comme une flamme fragile et tenace, qu’elle devienne au cœur du monde une braise qui réchauffe, une parole qui relève, une maison aux portes ouvertes où chacun peut déposer ses nuits et renaître à la vie. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où l’ombre de la mort s’attarde encore, là où les cris montent plus haut que les chants, là où la peur enferme et divise, fais jaillir des hommes et des femmes de lumière, veille sur les semences de paix cachées sous la cendre, et ouvre, au cœur même des ruines, des chemins de réconciliation. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui marchent dans la nuit, ceux dont les yeux sont pleins de larmes, ceux qui ne reconnaissent plus leur propre chemin, ceux qui attendent sans savoir quoi attendre, viens les rejoindre dans leur obscurité silencieuse, et fais naître en eux, doucement, la promesse d’une aube qu’ils n’osaient plus espérer. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui cherchent à croire, ceux qui avancent à pas hésitants, ceux qui n’ont trouvé qu’un tombeau ouvert et un mystère, donne-leur un cœur assez vaste pour accueillir l’invisible, et la joie inattendue de découvrir que ton absence apparente est déjà une présence qui appelle. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés en ce jour, peuple de l’aube et des commencements, apprends-nous à vivre en ressuscités, à laisser circuler en nous la vie plus forte que la mort, à devenir, dans la simplicité de nos jours, des porteurs de lumière, des passeurs d’espérance, des témoins discrets de Pâques. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui, poser un geste de vie très simple : appeler quelqu’un, pardonner, remercier ou simplement… sourire vraiment
Un geste qui dit, sans grand discours : “la vie est plus forte.” Parce que Pâques ne se prouve pas. Elle se vit. 


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