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Lundi de Pâques


 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, quand les femmes eurent entendu les paroles de l’ange, vite, elles quittèrent le tombeau, remplies à la fois de crainte et d’une grande joie, et elles coururent porter la nouvelle à ses disciples. Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : « Je vous salue. » Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui. Alors Jésus leur dit : « Soyez sans crainte, allez annoncer à mes frères qu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. » Tandis qu’elles étaient en chemin, quelques-uns des gardes allèrent en ville annoncer aux grands prêtres tout ce qui s’était passé. Ceux-ci, après s’être réunis avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme en disant : « Voici ce que vous direz : “Ses disciples sont venus voler le corps, la nuit pendant que nous dormions.” Et si tout cela vient aux oreilles du gouverneur, nous lui expliquerons la chose, et nous vous éviterons tout ennui. » Les soldats prirent l’argent et suivirent les instructions. Et cette explication s’est propagée chez les Juifs jusqu’à aujourd’hui.

Au commencement… dans la Livre de la Genèse, Dieu parle… et le monde surgit. Une parole… et la lumière. Une parole… et la vie.
Et voici qu’en cette nuit de Pâques, un monde nouveau commence.
Pas avec des étoiles, pas avec des océans… Mais avec une voix. Une voix d’homme. Une voix traversée par la mort… et désormais habitée par la vie.
Car désormais, c’est le Jésus-Christ lui-même, Parole vivante du Père, qui parle.
Et ce qui est étonnant… c’est la simplicité. On aurait pu imaginer un discours grandiose, une déclaration cosmique, un communiqué céleste en douze points… Mais non. Trois phrases. Trois mots presque ordinaires. Trois petites lumières dans l’aube.

“Je vous salue” — ou plutôt : “Réjouissez-vous !” Premier mot du Ressuscité. Et là… surprise. Pas de reproche. Pas de : “Je vous l’avais bien dit…” (ce qui, reconnaissons-le, nous aurait un peu démangés…) Non. Une joie. Mais une joie étrange. Une joie qui arrive… alors que tout semble encore fragile. Parce que, soyons honnêtes : quand quelqu’un meurt, quand le monde tremble, quand les guerres grondent aux frontières de nos vies… la joie n’est pas exactement la première invitée.
Les femmes ont entendu l’ange… oui. Mais ont-elles compris ? Pas sûr. Et pourtant, Jésus dit : “Réjouissez-vous.”
Comme si Dieu murmurait : « Tu comprendras plus tard… mais commence par vivre. » Et vivre, au fond… c’est laisser entrer une joie qui ne dépend pas encore de nos explications.

“Soyez sans crainte”. Deuxième parole. Parce que la joie… n’enlève pas tout de suite la peur. Les femmes courent, mais elles tremblent encore. Et Jésus ne dit pas : “Arrêtez immédiatement d’avoir peur !”
(ce serait un peu comme dire à quelqu’un : “Dors !” quand il est insomniaque…) Non. Il dit : “Soyez sans crainte.” Subtil. Délicat. Dans la tradition biblique, la crainte, ce n’est pas seulement la peur… c’est ce vertige devant la grandeur de Dieu. Et il y a de quoi être saisi : la mort est vaincue, le tombeau est ouvert, la vie déborde…
Mais Jésus dit : « Ne reste pas enfermé dans ce vertige. Ne fais pas de ma grandeur… un nouveau tombeau. »
C’est presque une caresse. Une main posée sur l’épaule du monde. Car celui qui dit cela, c’est celui qui a promis : « Je suis avec vous tous les jours. » Et du coup… la peur change de place. Comme le dira Paul de Tarse : « Dieu ne nous a pas donné un esprit de peur, mais de force, d’amour et de maîtrise de soi. »
Autrement dit : on peut trembler…mais on n’est plus seuls.

“Allez annoncer à mes frères…” Troisième parole. Et là… c’est presque bouleversant. Il ne dit pas : “Allez voir mes disciples.” Encore moins : “mes déserteurs officiels…” Il dit : “mes frères.” Même ceux qui ont fui. Même ceux qui ont renié. Même ceux qui n’étaient pas au rendez-vous. Ils sont encore… ses frères. L’Eglise, les chrétiens, ce sont les sœurs et les frères de Jésus, même s’ils trahissent, renient, abandonnent.
Quelle délicatesse. La Résurrection ne commence pas par un règlement de comptes… mais par une restauration du lien. Dieu ne dit pas : « On va d’abord clarifier certaines choses… » Non. Il dit : « Va leur dire que je les appelle encore… frères. » 

Et voilà que les femmes deviennent messagères. Pas diplômées en théologie. Pas parfaitement rassurées. Pas totalement organisées. 
Elles courent encore, le cœur un peu en désordre, les idées pas tout à fait rangées… Bref, parfaitement qualifiées pour la mission.
Alors aujourd’hui, Pâques continue. Dans ces trois mots : Réjouis-toi. Ne te laisse pas enfermer par la peur. Va dire.
Les premières envoyées étaient encore essoufflées, un peu bouleversées, et probablement incapables de faire un exposé structuré en trois parties. Comme quoi… pour annoncer la Résurrection, il suffit d’avoir croisé quelqu’un de vivant.

Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité. Alléluia !

Dieu vivant, Dieu de l’aube et du tombeau ouvert, toi qui fais lever la lumière au cœur de la nuit comme au premier jour de la création, toi qui viens à la rencontre des tiens sur les routes, comme jadis au jardin et sur les chemins d’Emmaüs, toi qui fais entendre cette parole plus forte que nos peurs : « La paix soit avec vous », toi qui envoies tes disciples jusqu’aux extrémités de la terre, écoute la prière de ton peuple en fête.

Pour ton Église, toi qui l’appelles à annoncer : « Il est ressuscité », donne-lui de marcher à la suite du Vivant, comme les femmes au matin de Pâques, le cœur saisi de crainte et de joie mêlées ; qu’elle devienne, au milieu du monde, une lampe qui ne s’éteint pas, une parole qui relève, un signe humble de l’espérance qui ne déçoit pas.
Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où résonnent encore les cris de violence et de guerre, là où les cœurs sont enfermés comme des tombeaux scellés, viens rouler les pierres qui pèsent sur l’humanité ; fais lever des artisans de paix, des veilleurs de justice, des semeurs de réconciliation, afin que germe déjà la création nouvelle. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui vivent dans la crainte, comme les disciples aux portes verrouillées, ceux qui doutent, ceux qui vacillent, ceux dont la route s’est obscurcie, viens te tenir au milieu d’eux et redire doucement : « Ne crains pas » ; ouvre pour eux un passage dans la mer agitée, et conduis-les vers la confiance. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui cherchent la joie, comme Marie Madeleine au matin encore sombre, ceux qui pleurent sans voir encore le Vivant, ceux qui avancent sans reconnaître ta présence, appelle-les par leur nom, essuie leurs larmes, et fais jaillir en eux cette joie pascale que nul ne peut ravir. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés aujourd’hui, toi qui nous fais passer de la mort à la vie, apprends-nous à écouter ta Parole qui brûle nos cœurs, à reconnaître ta présence dans la fraction du pain, et à devenir, à notre tour, témoins du Ressuscité, jusqu’à ce que toute la terre chante ton Alléluia. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui, poser un geste très simple : dire une parole de joie à quelqu’un, encourager une personne, partager une bonne nouvelle ; Quelque chose qui fait vivre. Parce que la Résurrection se propage… de cœur à cœur.

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