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Vendredi-Saint

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

(…) L. Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits ; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique ; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : A. « Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura. » L. Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture : Ils se sont partagé mes habits ; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats. Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » L. Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » L. Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » L. Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » L. Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

Aujourd’hui, il n’y a plus de parfum. Plus de repas. Plus de discours. 
Aujourd’hui… il y a le bois. Le bois rugueux de la croix. Le bois dressé comme une question au milieu du monde. Le prophète l’avait murmuré : « Il n’avait ni beauté ni éclat pour attirer nos regards… » 
Rien de spectaculaire. Rien qui s’impose. Un homme. Brisé. Silencieux.
Et pourtant… c’est là que Dieu parle le plus fort. Nous aurions peut-être imaginé une autre manière de sauver le monde. Quelque chose de plus efficace, de plus rapide… à la « Trump », un grand geste divin, une victoire éclatante… Mais Dieu choisit… la vulnérabilité. Il ne descend pas de la croix. Il ne répond pas aux provocations. Il ne se justifie pas. Il reste. Et dans ce “rester”, il porte tout : la violence, l’injustice, l’absurde, nos nuits, nos refus, nos blessures.

Le psaume nous prête des mots trop grands pour nous : « En tes mains, je remets mon esprit. » On pourrait croire à un dernier souffle,
à une phrase qui s’éteint avec la vie… comme une bougie au bord de la nuit. Mais ce n’est pas un cri de défaite. Ce n’est pas un effondrement. C’est un abandon. Un passage. Un glissement paisible d’une main humaine vers des mains divines. Comme un enfant qui, au soir, ne lutte plus contre le sommeil, et laisse sa tête tomber doucement sur une épaule aimée, sûr — sans même le dire — qu’il ne tombera pas.

« En tes mains… » Ces mains qui ont façonné la poussière au commencement, ces mains qui n’ont jamais cessé de porter le monde, ces mains invisibles mais fidèles, où tout peut enfin se déposer sans peur de se perdre.

Et si, dans ce geste, il y avait plus qu’un dernier souffle ? Et si l’esprit qu’il remet n’était pas seulement ce qui s’éteint… mais déjà ce qui se donne ? Comme une source qui disparaît sous terre pour mieux jaillir ailleurs. Comme un souffle retenu qui s’apprête à devenir vent.
Alors, au cœur même de la croix, dans ce moment que nous appelons la fin, Dieu est déjà en train de commencer.
Ce que Jésus remet au Père, ce n’est pas seulement sa vie offerte…
c’est déjà l’Esprit répandu. Un Esprit en attente. Un Esprit prêt à être donné. Un Esprit qui, dans le silence du tombeau, se prépare à devenir feu. Ainsi, la croix n’est pas seulement un lieu de mort. Elle est un seuil. Un passage secret où l’amour devient souffle, où le don devient vie, où la fin devient naissance.
Et peut-être qu’aujourd’hui, dans nos propres nuits, dans nos propres abandons, nous pouvons murmurer à notre tour, avec des mots parfois tremblants : « En tes mains… »
Sans tout comprendre. Sans tout maîtriser. Mais avec cette confiance fragile et immense : que ce que nous déposons en Dieu ne disparaît jamais… il devient, un jour ou l’autre, souffle de vie.

Dieu de silence et de fidélité, toi qui ne détournes pas ton visage de la souffrance du monde, toi qui entends le cri de ton Fils livré, toi qui fais jaillir la vie du cœur même de la mort, écoute la prière de ton peuple.

Pour ton Église, rassemblée au pied de la croix, qu’elle ne cherche ni la puissance ni la gloire, mais qu’elle demeure fidèle dans l’amour humble, et qu’elle devienne, au cœur du monde blessé, un signe discret de ton espérance. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples de la terre, là où la violence crucifie encore, là où l’injustice cloue des vies dans la souffrance, là où la dignité est bafouée, viens déposer ta paix au cœur des conflits, et fais naître des chemins de réconciliation. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui portent une croix trop lourde, ceux qui souffrent dans leur corps ou dans leur cœur, ceux qui traversent la nuit sans lumière, sois leur force dans la faiblesse, leur espérance dans l’obscurité, et leur présence dans la solitude. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui doutent ou qui crient vers toi, ceux qui ne comprennent pas le silence de Dieu, ceux qui cherchent un sens à leur épreuve,
rejoins-les dans leur nuit, et fais leur découvrir, au creux même de leur cri, ta présence fidèle. Seigneur, nous te prions.

Pour nous tous rassemblés en ce jour, apprends-nous à rester au pied de la croix, à accueillir le mystère sans le fuir, et à croire que ton amour est plus fort que tout. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …


Aujourd’hui, choisir un moment de silence réel. Éteindre les écrans. Se tenir simplement en présence de Dieu. Peut-être devant une croix. Sans parler. Sans demander.Juste… rester. Comme Jean. Comme Marie. Et laisser ce silence nous dire doucement : tu n’es pas seul.


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