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Bienheureuse Vierge Marie,

Mère de l'Église

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine. Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. » Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui. Après cela, sachant que tout, désormais, était achevé pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit : « J’ai soif. » Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche. Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit : « Tout est accompli. » Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit. Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus. Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes, mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté ; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.

Hier encore, nous étions dans le vent puissant de la Pentecôte, dans le feu de l’Esprit, dans l’élan missionnaire des apôtres.
Et aujourd’hui, l’Église nous conduit doucement vers une mère. Comme si, après le grand souffle du ciel, il fallait entrer dans une maison.

Dans la première lecture, après la chute d’Adam et Ève, Dieu pourrait abandonner l’humanité à sa blessure. Mais non. Même au milieu de la faute, Dieu ouvre déjà une promesse. Et Ève reçoit ce nom magnifique : « La mère de tous les vivants. » Au cœur même du péché, Dieu prépare la vie.
Déjà se dessine discrètement la figure de Marie, la nouvelle Ève, celle qui accueillera la Vie elle-même dans son sein.
Saint Irénée de Lyon écrivait : « Le nœud de la désobéissance d’Ève fut dénoué par l’obéissance de Marie. » Ève avait tendu la main vers le fruit défendu. Marie ouvre les mains pour accueillir la grâce.
Et grâce à son “oui”, Dieu recommence le monde.

Le psaume chantait, à propos de Jérusalem  : « Mais on appelle Sion : « Ma mère ! » car en elle, tout homme est né. » Magnifique parole que la liturgie nous invite aujourd’hui à appliquer à Marie. L’Église reconnaît en Marie une mère spirituelle, une mère qui enfante à la liberté de Dieu une mère qui apprend à faire confiance.
Même si, reconnaissons-le, nous gardons parfois avec Marie une relation un peu étrange : on lui confie nos clés perdues,  nos examens, la météo des processions, et parfois même les places de parking impossibles.
Et mystérieusement… cela fonctionne plus souvent qu’on ne l’imagine. Les mères ont décidément des réseaux très efficaces dans le ciel.

Puis vient l’Évangile. Nous sommes au pied de la croix. Et là, dans l’heure la plus sombre, Jésus pense encore à donner.
Il donne sa mère. « Femme, voici ton fils. » « Voici ta mère. »
Au moment où tout semble fini, une famille nouvelle naît au pied de la croix. L’Église naît d’un cœur ouvert. Car Jean précise : « Aussitôt il en sortit du sang et de l’eau. » Les Pères de l’Église ont vu dans cette eau et ce sang les sacrements de l’Église : le baptême et l’Eucharistie.
Autrement dit : l’Église ne naît pas d’une stratégie humaine. Elle naît du côté ouvert du Christ. Augustin écrivait : « Marie est la mère des membres du Christ parce qu’elle a coopéré par sa charité à la naissance des fidèles dans l’Église. » Marie est mère parce qu’elle aime. Et cela éclaire profondément notre manière d’être Église.
L’Église n’est pas d’abord une institution, elle est, elle doit être une maternité spirituelle. Une maison où l’on apprend à vivre, où l’on peut tomber et être relevé, où l’on grandit ensemble dans la foi.
Or notre monde manque souvent de lieux où l’on peut simplement être accueilli. Beaucoup vivent dans la solitude intérieure. Beaucoup avancent sans repère. Beaucoup ont peur de ne pas avoir leur place.
Et voilà que Jésus nous donne une mère. Comme pour nous dire : “Dans l’Église, personne ne doit rester orphelin.” Il est beau que cette mémoire soit célébrée juste après Pentecôte. Car Marie était là, au Cénacle, au milieu des disciples. Elle aide simplement l’Église à accueillir l’Esprit.
Saint Bernard de Clairvaux écrivait : « Dans les dangers, les angoisses et les doutes, pense à Marie, invoque Marie. »
Et au fond, cette fête nous rappelle peut-être cela : la foi chrétienne n’est pas une aventure solitaire. Nous marchons dans une famille.
Une famille parfois fragile, parfois maladroite, parfois un peu compliquée aussi — comme toutes les familles. Mais une famille portée par la tendresse de Dieu.

Aujourd’hui encore, au milieu de nos blessures et de nos peurs, le Christ nous dit : « Voici ta mère. » Et Marie continue silencieusement de nous conduire vers son Fils. Non vers elle-même. Toujours vers Lui. Comme à Cana : « Faites tout ce qu’il vous dira. » Voilà le secret de Marie. Elle ne garde rien pour elle. Elle conduit au Christ.

Et peut-être que la plus belle manière d’honorer Marie aujourd’hui, c’est d’apprendre nous aussi à devenir, les uns pour les autres, des présences de tendresse, de fidélité et de paix.

Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

 Seigneur, toi qui as donné à ton Église 
le visage maternel de Marie,
apprends à ton peuple la douceur qui accueille,
la patience qui relève
et la fidélité qui demeure au pied des croix humaines.
Que ton Église soit dans le monde
une maison ouverte où chacun puisse renaître à l’espérance.
Seigneur, nous te prions.

Seigneur, regarde notre terre traversée par les guerres, 
les frontières fermées et les cris des innocents.
Par l’intercession de Marie, Reine de la paix,
viens désarmer les cœurs durcis par la peur et la haine.
Fais lever au milieu des peuples divisés
des semeurs de pardon et des bâtisseurs de fraternité.
Seigneur, nous te prions.

Seigneur,
toi qui n’abandonnes jamais tes enfants dans la nuit,
viens rejoindre ceux dont le cœur est blessé :
les personnes seules, les exilés, les malades,
ceux qui avancent sans force et sans lumière.
Que Marie, mère de compassion,
essuie leurs larmes
et leur redonne le courage de vivre.
Seigneur, nous te prions.

Seigneur,
bénis toutes celles et ceux 
qui prennent soin des autres dans le silence quotidien :
les parents, les éducateurs, 
les soignants, les accompagnateurs,
tous les artisans cachés de bonté.
Que leur vie devienne un reflet discret
de la tendresse avec laquelle Marie entourait ton Fils.
Seigneur, nous te prions.

Seigneur,
souffle sur le cœur des jeunes comme un vent d’aurore.
Éveille en eux le désir d’une vie belle et donnée.
Par la confiance lumineuse de Marie,
apprends-leur à répondre avec audace 
aux appels de ton Esprit.
Seigneur, nous te prions.

Seigneur,
fais de nos communautés chrétiennes 
des cenacles de paix et de joie,
où les cœurs fatigués trouvent repos,
où les pauvres trouvent leur place,
où chacun découvre qu’il est attendu et aimé.
Et puisque Marie veillait dans la prière au milieu des disciples,
garde-nous unis dans la charité et l’espérance.
Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ;
monde que nous déréglons si souvent 
en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...


Aujourd’hui : poser un geste concret de tendresse.
Et prendre quelques minutes pour confier à Marie une personne qui traverse une épreuve.
Puis redire simplement : « Marie, apprends-moi à conduire les autres vers Jésus. »




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