16ème dimanche du Temps de l'Église -A-
Un ami me racontait : « Quand j'étais enfant, je trouvais que mon père était un jardinier beaucoup trop patient. Moi, je voulais que tout pousse... tout de suite. Et surtout, lorsqu'une mauvaise herbe apparaissait, je voulais l'arracher immédiatement. Mon père me disait souvent : « Attends un peu... tu risques d'arracher aussi ce que tu veux sauver. »
Sans le savoir sans doute, ce papa commentait l'Évangile... Car nous ressemblons beaucoup aux serviteurs de la parabole. Dès qu'ils aperçoivent l'ivraie, ils ont une solution. « Veux-tu donc que nous allions l'enlever ? » Autrement dit : « Laisse-nous régler le problème. » Nous aimons les solutions rapides, à la Trump, les catégories simples :Les bons d'un côté et les mauvais de l'autre. Et on peut continuer : Les croyants, les incroyants ; ceux qui communient dans la main et ceux qui communient sur la langue … Et, bien sûr, nous savons généralement très bien où nous placer ! Or Jésus répond quelque chose de surprenant : « Non. » Pourquoi ? Parce que Dieu regarde autrement.
Le Livre de la Sagesse nous donne la réponse. C'est sans doute l'une des plus belles pages de tout l'Ancien Testament. « Ta force est à l’origine de ta justice, tu nous gouvernes avec beaucoup de ménagement, à tes fils tu as donné une belle espérance : après la faute tu accordes la conversion. » Nous pensons souvent que, parce que Dieu est tout-puissant, il devrait intervenir immédiatement. Or la toute-puissance de Dieu se manifeste précisément... par sa patience. Il attend, comme le Père du fils prodigue. Il croit toujours à la possibilité du bien. Comme le disait Augustin : "Beaucoup d'abord sont de l'ivraie et deviendront du bon grain ; beaucoup qui paraissent être du bon grain deviendront de l'ivraie." Quelle invitation à l'humilité ! Nous ne sommes jamais autorisés à désespérer d'un frère, ni à nous installer dans une fausse sécurité sur nous-mêmes. Voilà la patience de Dieu. Elle ne se résigne jamais. Elle recommence toujours.
Et puis il y a cette deuxième découverte, peut-être plus dérangeante. L'ivraie n'est pas seulement dans le champ du voisin. Elle pousse aussi dans le mien. Oups ! C'est peut-être ici que la parabole devient la plus lumineuse. Nous voudrions tellement vivre dans un monde du « ou... ou ». Ou bien je suis bon. Ou bien je suis mauvais. Ou bien il est admirable. Ou bien il est insupportable. L'Évangile nous fait entrer dans un monde du « et... et ». Je porte en moi du blé... et de l'ivraie. Des élans magnifiques... et des pauvretés tenaces. Des fidélités... et des contradictions.
Cette découverte pourrait nous décourager. Elle devrait surtout nous rendre humbles, et infiniment miséricordieux envers les autres. Regardez l'Évangile. Matthieu, le publicain. Madeleine. Pierre. Paul. Augustin. Charles de Foucauld. Et combien d'autres ! Dieu est spécialiste des moissons improbables. Le Christ ne nous demande pas de passer notre vie à arracher l'ivraie, ni en nous, ni autour de nous. Il nous demande de cultiver le bon grain. Car lorsqu'un champ est rempli de blé mûr, l'ivraie finit par ne plus avoir le dernier mot.
Enfin, saint Paul ajoute une dernière lumière. Lorsque nous ne savons plus prier, « L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables. » Pendant que nous regardons l'ivraie, Dieu, lui, travaille déjà le blé. Même lorsque nous ne voyons rien, lorsque nous avons l'impression de stagner, lorsque nous nous décourageons de nous-mêmes. Le plus beau travail de Dieu est souvent invisible. La moisson appartient toujours à l'espérance.
Dieu des saisons lentes, regarde les peuples où l'ivraie de la guerre, de la haine et de l'injustice étouffe les jeunes pousses de la paix. Envoie la rosée de ton Esprit sur les terres desséchées par la violence, afin que refleurisse l'espérance.
Dieu des cœurs labourés, approche-toi de ceux qui peinent sous le poids de leurs fautes, de leurs blessures ou de leurs découragements. Que jamais ils ne doutent que ton soleil puisse encore faire lever du blé là où ils ne voient plus que des épines.
Dieu du souffle intérieur, toi dont l'Esprit prie en nous lorsque les mots nous manquent, visite ceux qui ne savent plus comment te parler. Fais monter de leur silence une prière plus profonde que toutes les paroles.
Dieu de la moisson future, fais de notre communauté une terre accueillante où chacun trouve sa place pour grandir. Donne-nous la patience du jardinier, la douceur du semeur et l'espérance de ceux qui savent que la dernière parole appartient toujours à la vie.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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