Jeudi de la 17ème semaine du Temps de l'Eglise
« Celui-là est incorrigible ! » Voilà une expression que Dieu n’emploiera jamais. Je vous le disais il y a quelques jours : nous sommes dans le temps de la patience de Dieu.
Jérémie reçoit aujourd'hui une étrange consigne : « Descends chez le potier. » Le prophète regarde des mains. L'argile tourne. Le vase se déforme. Alors le potier ne le jette pas. Il recommence.
Encore. Et encore. Quelle merveilleuse image de Dieu ! La Bible nous montre un Dieu artisan. Il ne compte pas nos fissures. Il cherche comment leur donner une beauté nouvelle.
Et voilà que l'Évangile semble changer complètement de registre. Le filet est tiré sur le rivage. Les poissons sont triés. Nous pourrions croire que Jésus veut maintenant nous faire peur. Mais ce serait oublier tout ce que nous venons de contempler chez Jérémie. Celui qui jugera à la fin est d'abord celui qui, toute notre vie, aura travaillé notre argile. Le jugement n'est pas le premier mot de Dieu. Le premier mot est toujours la miséricorde.
Pendant toute notre vie, le Potier ne cesse de reprendre son ouvrage.
Il y a un détail que j'aime beaucoup. L'Évangile dit que le filet ramène des poissons de toute espèce. Quelle belle image de l'Église ! On le voyait déjà hier avec la sainte famille de Béthanie. L'Église est ce grand filet où Dieu rassemble des hommes et des femmes très différents. Non parce qu'ils sont déjà saints. Mais parce qu'il veut les conduire à la sainteté. Saint Augustin écrivait : « L'Église est maintenant mêlée de bons et de mauvais ; elle sera purifiée à la fin des temps. »
Cette phrase est très actuelle. Elle nous invite à beaucoup d'humilité. Et surtout à beaucoup d'espérance.
Aujourd'hui, l'Église fait aussi mémoire de saint Pierre Chrysologue. Son surnom signifie "la parole d'or". Pourtant, ce n'est pas l'éclat de son éloquence qui l'a rendu saint, mais la profondeur de son regard sur Dieu. Il écrivait : "La miséricorde est la mère de toutes les vertus." Voilà sans doute le secret du potier de Jérémie. Si Dieu reprend inlassablement son ouvrage, ce n'est pas parce qu'il est perfectionniste, mais parce que sa miséricorde est plus tenace que nos échecs.
Alors, où sommes-nous aujourd'hui ? Peut-être entre les mains du Potier. Peut-être encore dans le filet. Dans les deux cas, une seule certitude demeure : Dieu ne désespère jamais de son ouvrage. Il voit déjà, dans notre pauvre argile, le vase qu'il rêve depuis toujours. Et peut-être que notre travail de chrétien n'est rien d'autre que cela : Consentir, chaque jour, à rester entre ses mains.
Père de toute miséricorde, regarde les nations blessées par la guerre, les violences et les divisions. Là où les hommes dressent des frontières, jette le grand filet de ta paix ; là où les cœurs se sont durcis, fais couler l'eau vive de la réconciliation.
Père fidèle, approche-toi de ceux qui se croient brisés, inutiles ou oubliés. Que tes mains de Potier redonnent forme à leur espérance et fassent renaître en eux la joie de vivre.
Père de bonté, façonne notre communauté à l'image de ton Royaume. Que nous sachions accueillir nos différences sans nous juger, afin de devenir ensemble un seul peuple, pétri par ton Esprit.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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