Saint Jacques
C’est un repas de famille et le tonton demande à sa nièce adolescente : « Qu'est-ce que tu veux devenir plus tard ? » La question paraît innocente. Pourtant, parfois - heureusement pas toujours - elle peut cacher : « Quelle place veux-tu occuper ? » Réussir ! Au fond, la mère de Jacques et de Jean ne demande pas autre chose à Jésus. Elle rêve d'un bel avenir pour ses fils. C’est ce que tout parent désire, vouloir que ceux que nous aimons soient heureux. Le problème n'est donc pas l’amour de « maman Zébédée ». Le problème est qu'elle imagine le Royaume de Dieu avec les catégories de ce monde. Les premières places, les honneurs, l'influence… Et voilà que Jésus met tout cela à terre : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. » Autrement dit : vous rêvez d'un trône ; moi, je marche vers une croix. Jésus ne reproche pas à Jacques son désir de grandeur. Il ne lui dit pas : « Ne désire plus rien. » Il lui apprend seulement où se trouve la vraie grandeur. Être grand, ce n'est pas dominer. Être grand, c'est servir. Être premier, c'est se faire le dernier. Et nous savons que Jacques finira par comprendre. Le jeune homme qui rêvait d'être à droite de Jésus sera le premier des Apôtres à donner sa vie pour lui. Quelle conversion ! Il n'a pas perdu son désir de grandeur. Il l'a laissé être purifié.
Saint Paul nous donne aujourd'hui la clé de cette transformation. « Nous portons ce trésor dans des vases d'argile. » J'aime beaucoup cette image. Nous aurions sans doute préféré être des vases d'or, de marbre ou de cristal. Dieu, lui, choisit l'argile. Une matière simple. Fragile, qui peut se fissurer. Ce qui compte n'est pas le vase, c'est le trésor qu’il contient : le Christ.
Le pape François écrivait dans Evangelii Gaudium : « La mission est une passion pour Jésus, mais, en même temps, une passion pour son peuple. » Voilà Jacques. Il est devenu un homme passionné du Christ, au point que sa vie entière est devenue un service de ses frères.
Il y a une autre image qui traverse cette fête : celle du pèlerin. Depuis plus de mille ans, des femmes et des hommes marchent vers Compostelle. Ils portent un sac parfois trop lourd. Ils découvrent que l'essentiel tient dans peu de choses. Ils apprennent que le chemin les transforme davantage que l'arrivée. Peut-être est-ce cela, être disciple. Nous pensons souvent que la foi consiste à atteindre un but. En réalité, elle consiste d'abord à marcher avec Quelqu'un. Jacques n'est pas devenu saint en un jour. Il est devenu saint en laissant le Christ convertir peu à peu son regard.
Le Christ ne nous promet pas les premières places. Il nous promet beaucoup mieux : sa propre vie. Et cela suffit largement pour combler un cœur.
Père, regarde les peuples qui cherchent un chemin de paix. Là où les puissants se disputent les premières places, fais lever des artisans de réconciliation, capables de servir plutôt que de dominer.
Père, accompagne ceux dont la route est devenue difficile : les malades, les personnes isolées, les familles éprouvées, les pèlerins de l'espérance et tous ceux qui avancent dans la nuit. Que ton Esprit soit leur force et leur lumière.
Père, fais de chacun de nous un compagnon de route pour les plus fragiles. Que nos mains sachent relever, que nos paroles sachent consoler, et que notre vie révèle discrètement le visage de ton Fils.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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