27ème dimanche du Temps de l'Église
Il y a une différence assez simple entre être propriétaire et être responsable. Quand quelque chose nous appartient, nous pouvons parfois nous dire : « J’en fais ce que je veux. » Mais quand quelqu’un nous confie quelque chose, notre première question devient plutôt : « Comment vais-je en prendre soin ? » C’est précisément cette différence qui traverse les lectures d’aujourd’hui.
Jésus parle d’une vigne. Le propriétaire l’a préparée avec soin : il l’a plantée, entourée, protégée, équipée. Puis il la confie à des vignerons. Il ne leur demande pas de l’inventer. Il leur demande de la faire fructifier. Et le drame commence lorsqu’ils oublient une chose essentielle : la vigne ne leur appartient pas.
Cette parabole parle évidemment d’Israël et de son histoire avec Dieu. Mais elle parle aussi de nous. Car qu’est-ce qui nous appartient vraiment ? Notre vie ? Nous ne nous sommes pas donnés la vie. Nos enfants ? Ils nous sont confiés, mais ils ne nous appartiennent pas. Notre maison, notre travail, nos talents, notre temps ? Nous pouvons les gérer, les développer, les organiser… mais nous n’en sommes jamais les propriétaires absolus. Et il en va de même de cette terre sur laquelle nous vivons.
C’est l’un des grands accents de Laudato si’. Le pape François écrit : « Tout est lié ». Et il ajoute que la protection de la nature est « inséparable de la fraternité, de la justice ainsi que de la fidélité aux autres » Voilà pourquoi la sauvegarde de la création n’est pas une question marginale pour un chrétien. Elle touche à notre manière de comprendre le don de Dieu. Si la terre est un don, elle n’est pas une réserve dans laquelle nous pouvons simplement nous servir. Si elle est une maison commune, alors nous avons des devoirs envers ceux qui y vivent aujourd’hui, mais aussi envers ceux qui y vivront demain.
Et c’est ici que saint François d’Assise devient particulièrement lumineux. François ne regardait pas la création comme une collection de choses. Il parlait du soleil comme d’un frère, de la lune comme d’une sœur, de l’eau comme d’une sœur. Pourquoi ? Parce qu’il avait retrouvé quelque chose que nous perdons facilement : le regard émerveillé de celui qui reçoit au lieu de celui qui possède.
Le pape François écrit dans Laudato si’ que saint François « vivait avec simplicité et dans une merveilleuse harmonie avec Dieu, avec les autres, avec la nature et avec lui-même ». Et il ajoute que, chez lui, « la préoccupation pour la nature, la justice envers les pauvres, l’engagement pour la société et la paix intérieure » sont inséparables.
C’est important. Saint François n’est pas seulement le saint des petits oiseaux et des paysages bucoliques ! Il est le saint d’une fraternité qui embrasse Dieu, les hommes et toute la création. Car Jésus nous oblige à aller encore plus loin. Les vignerons maltraitent les serviteurs et finalement le fils. Quand on oublie que le monde est un don, on finit facilement par considérer aussi les autres comme des choses utilisables. C’est pourquoi François nous apprend une conversion du regard : ne plus dire seulement « c’est à moi », mais « cela m’est confié ».
Et cela vaut pour la planète comme pour une personne âgée, pour un enfant, pour un conjoint, pour un collègue, pour un pauvre, pour celui qui nous dérange. La vigne de Dieu, c’est aussi notre vie. Et Dieu nous demandera un jour non pas combien nous avons possédé, accumulé ou contrôlé, mais quel fruit nous avons fait porter à ce qui nous avait été confié.
Saint François nous apprend alors une belle manière de vivre : recevoir avec gratitude, utiliser avec sobriété, partager avec justice, et rendre grâce. Peut-être qu’en cette fin du mois de prière pour la sauvegarde de la création, nous pouvons simplement garder cette question dans notre cœur : Seigneur, qu’as-tu placé entre mes mains ? Et quel fruit attends-tu de moi ?
Car nous ne sommes pas propriétaires de la vigne. Nous en sommes les gardiens.
ta vigne que tu as plantée au milieu des peuples :
qu’elle porte des fruits de sainteté, de douceur et de paix ;
qu’elle soit pour les pauvres et les petits
une terre où refleurit l’espérance.
Seigneur, nous te prions.
Pour notre monde, Seigneur,
pour les peuples qui connaissent
la guerre, la faim et l’injustice :
désarme les cœurs qui blessent,
relève ceux qui sont écrasés
et fais couler sur la terre les eaux de ta justice et de ta paix.
Seigneur, nous te prions.
Pour ta création, Seigneur,
pour la terre, notre sœur, que tu nous as confiée,
pour l’eau qui désaltère, l’air qui nous fait vivre,
pour les forêts, les champs et toutes les créatures
qui chantent ta gloire :
apprends-nous à les recevoir avec gratitude
et à les garder avec respect.
Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui travaillent la terre, Seigneur,
pour ceux qui sèment dans l’espérance
et récoltent au prix de leur labeur :
que leur travail soit justement reconnu,
et que nul ne soit privé des fruits de la terre
que tu donnes à tous.
Seigneur, nous te prions.
Pour nous qui sommes rassemblés aujourd’hui, Seigneur,
apprends-nous à reconnaître dans chaque créature
un don de ta bonté
et dans chaque visage
un frère ou une sœur qui nous est confié.
Fais de nos vies une vigne
où puissent mûrir les fruits de ton Esprit :
la paix, la joie, la patience, la bonté et l’amour.
Seigneur, nous te prions.
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