28ème dimanche du Temps de l'Eglise
Il y a des invitations qui font plaisir… et d’autres qui arrivent au mauvais moment. Un anniversaire le samedi où l’on avait prévu de ne rien faire, un mariage alors qu’on avait déjà réservé ses vacances… Et puis il y a cette phrase terrible : « Merci, mais je suis déjà pris ! » Dans l’Évangile, Dieu invite. Et les invités ont toujours quelque chose de plus urgent à faire : leur champ, leur commerce, leurs affaires. Rien de mauvais en soi. C’est justement ce qui est troublant. Ce qui les empêche d’aller au banquet, ce ne sont pas de mauvaises choses : ce sont leurs bonnes choses devenues plus importantes que l’invitation de Dieu.
Nous pouvons nous reconnaître là. Nous ne refusons pas forcément Dieu. Nous sommes simplement occupés. Il y a le travail, la famille, les soucis, les rendez-vous, les projets… Et parfois Dieu ne disparaît pas de notre vie : il passe simplement après tout le reste.
Pourtant, dans la première lecture, Isaïe nous donne une image magnifique : Dieu prépare un banquet pour tous les peuples. Un repas abondant, du vin, de la joie. Et surtout cette promesse : « Il essuiera les larmes de tous les visages. » Voilà le rêve de Dieu pour l’humanité : non pas une humanité qui survit chacun dans son coin, mais une humanité réunie autour d’une même table.
Saint Paul, lui, nous dit quelque chose d’étonnant : « J’ai appris à me contenter de ce que j’ai. » Il a connu l’abondance et le dénuement, la faim et le rassasiement. Pourquoi ? Parce qu’il a découvert que sa joie ne dépendait plus de ce qu’il possédait. « Je peux tout en celui qui me donne la force. » Voilà peut-être le secret du banquet chrétien : recevoir avant de posséder.
Et puis vient cette curieuse histoire du vêtement de noces. Un homme est là, mais sans habit de noces. Est-ce que Dieu serait donc un peu maniaque sur le dress code ? Évidemment non. Le vêtement signifie autre chose : accepter d’entrer dans la fête, ce n’est pas seulement franchir la porte. C’est accepter de se laisser transformer. Le pape François explique que ce vêtement représente la grâce que Dieu nous donne gratuitement : l’invitation est offerte à tous, mais elle demande un cœur qui accepte de changer.
Autrement dit : Dieu ne nous demande pas d’être parfaits pour entrer à son banquet. Il nous demande d’accepter de nous laisser habiller par sa miséricorde. Et cela change notre manière de regarder les autres. Car si Dieu invite « les mauvais comme les bons », comme dit l’Évangile, qui sommes-nous pour établir la liste des invités ?
L’Église n’est pas un club de gens qui auraient réussi leur examen religieux. Elle est une table où Dieu rassemble des pécheurs pardonnés. Alors, peut-être que la vraie question aujourd’hui n’est pas : « Est-ce que je mérite d’être invité ? » La réponse est non. La vraie question est : est-ce que j’accepte l’invitation ? Et peut-être même : qu’est-ce qui, dans ma vie, est devenu tellement important que je n’entends plus la voix de Dieu ?
Le Seigneur nous prépare une table. Il connaît nos pauvretés, nos blessures, nos fatigues. Et il nous dit simplement : « Viens. » Peut-être qu’aujourd’hui, notre plus belle prière pourrait être très simple : « Seigneur, je n’ai pas grand-chose à t’offrir. Mais je veux venir à ta table. Habille-moi de ta grâce et apprends-moi à vivre de ta joie. » Car au fond, l’Évangile ne nous annonce pas seulement que Dieu nous invite à un banquet. Il nous annonce que Dieu désire partager sa joie avec nous.
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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