29ème dimanche du Temps de l'Eglise A
La plupart des pièces de monnaie ont beaucoup circulé. Elles sont passées de main en main, ont acheté du pain, payé un café, réglé une facture… et elles portent toutes quelque chose de très précieux : une image. Aujourd’hui, Jésus demande : « De qui est cette image et cette inscription ? » Et ses interlocuteurs sont pris à leur propre piège. Ils viennent lui tendre un piège théologique et politique ; Jésus, lui, leur demande simplement de sortir une pièce de leur poche. Ils l’ont donc déjà, cette monnaie de César !
« Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » On connaît tellement cette phrase qu’on pourrait presque la réciter les yeux fermés. Mais on l’a parfois comprise comme si Jésus disait : « La politique, c’est l’affaire de César ; la religion, c’est l’affaire de Dieu. Chacun chez soi et tout ira bien. » Ce n’est évidemment pas ce que Jésus dit.
D’ailleurs, la première lecture nous déstabilise. Dieu parle de Cyrus, le roi de Perse, qui ne connaît même pas le Seigneur, et il affirme pourtant : « Je suis le Seigneur, et il n’en est pas d’autre. » Dieu peut donc agir dans l’histoire, jusque dans les décisions de ceux qui ne le connaissent pas. Mais cela ne signifie jamais que Dieu devient l’instrument d’un pouvoir. Et c’est là que cette parole devient terriblement actuelle. Nous devons rendre à César ce qui est à César, mais surtout nous devons éviter de rendre à Dieu ce qui appartient à César : nos ambitions, nos nationalismes, nos violences, nos intérêts, nos idéologies. On connaît malheureusement cette tentation : prendre le nom de Dieu et le mettre au service d’une cause humaine. Faire de Dieu une sorte de caution céleste à nos combats terrestres. Le pape Léon XIV le disait avec force : « jamais la guerre n’est sainte ; seule la paix est sainte, car elle est voulue par Dieu ». La foi chrétienne ne nous demande donc pas de sortir du monde. Elle nous demande d’y être présents autrement : en y portant une parole de vérité, de justice, de fraternité et de paix.
Mais Jésus va beaucoup plus loin. « Rendez à Dieu ce qui est à Dieu. » Qu’est-ce qui est à Dieu ? La pièce porte l’image de César. Mais nous, nous portons une autre image. Depuis la première page de la Bible, l’homme est créé « à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Voilà la véritable monnaie dont parle Jésus. Alors la question n’est plus seulement : « À qui appartient cette pièce ? » Elle devient : « À qui est-ce que j’appartiens ? » Et surtout : quelle image de Dieu est-ce que je donne aux autres ?
Parce que nous sommes, d’une certaine manière, la monnaie avec laquelle Dieu circule dans le monde. Si je parle d’un Dieu qui est amour, mais que je suis toujours dur avec les autres, quelle image est-ce que je donne de Dieu ? Si je parle d’un Évangile qui est une Bonne Nouvelle, mais que je suis un chrétien constamment triste, méfiant, critique, quelle image est-ce que je donne ? Si je proclame un Dieu qui accueille chacun, mais que je ferme ma porte au différent, à l’étranger, à celui qui ne pense pas comme moi, quelle image est-ce que je donne ?
Et peut-être est-ce là que l’Évangile nous rejoint le plus profondément. Saint Laurent de Brindisi méditait cette parole : puisque nous sommes créés à l’image de Dieu, nous sommes comme une monnaie portant son effigie. Et il posait cette question simple : si cette image est celle de Dieu, pourquoi ne lui rendons-nous pas ce qui lui appartient ?
Rendre à Dieu ce qui est à Dieu, ce n’est donc pas simplement mettre quelque chose dans la corbeille de la quête. Dieu ne cherche pas d’abord notre argent. Il cherche notre vie. Et c’est probablement plus difficile.
Donner une pièce, c’est relativement facile. Se donner soi-même, c’est autre chose. Donner une heure, une présence, un pardon, une écoute, une fidélité, une parole de paix… cela coûte davantage.
La deuxième lecture nous donne d’ailleurs le portrait d’une communauté chrétienne qui plaît à Dieu : « votre foi est active, votre charité se donne de la peine, votre espérance tient bon. » Voilà peut-être la véritable monnaie chrétienne : une foi qui agit, une charité qui se donne de la peine, une espérance qui tient bon.
Alors, en cette Eucharistie, nous pouvons demander simplement au Seigneur : Seigneur, qu’est-ce qui est vraiment à toi dans ma vie ? Et quelle image de toi les autres découvrent-ils en me regardant ?
Peut-être qu’aujourd’hui, rendre à Dieu ce qui est à Dieu, ce sera simplement cela : laisser un peu plus apparaître son visage dans le nôtre. Pour que ceux qui nous rencontrent puissent se dire, non pas seulement que nous croyons en Dieu, mais qu’ils ont peut-être aperçu quelque chose de son visage.
Pour les peuples de la terre, dont les frontières séparent parfois les frères, et pour ceux qui gouvernent les nations : que leurs décisions ne se gravent jamais au prix du sang des innocents, mais ouvrent des chemins de justice, de paix et de fraternité. Seigneur, nous te prions.
Pour les petits et les oubliés, dont le nom se perd dans les chiffres et le visage dans la foule : que quelqu’un s’arrête auprès d’eux, leur tende la main et leur rende la place qui leur revient à la table de l’humanité. Seigneur, nous te prions.
Pour celles et ceux que les épreuves ont marqués, dont le cœur porte des blessures invisibles : que ta tendresse, Seigneur, vienne restaurer en eux l’image parfois obscurcie de ta présence, et que notre proximité soit pour eux une promesse de lumière. Seigneur, nous te prions.
Pour notre communauté, afin que nous ne gardions pas pour nous les dons reçus de toi : que nos mains deviennent partage, nos paroles semences de paix et nos vies une offrande qui te rende gloire. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Commentaires
Enregistrer un commentaire