Jeudi de la 27ème semaine du Temps de l'Eglise
Nous avons tous connu cette situation : on sonne chez quelqu’un… personne ne répond. On resonne… toujours rien. Alors on se dit : « Bon, il n’est pas là. » Et puis parfois, on insiste encore une fois. Et soudain, une voix derrière la porte : « J’arrive ! » Dans l’Évangile, Jésus nous présente justement quelqu’un qui insiste. Mais à minuit ! Il va réveiller son voisin parce qu’un ami vient d’arriver chez lui et qu’il n’a rien à lui donner à manger. Il frappe. Le voisin râle. Il est couché, ses enfants dorment… Mais l’autre insiste tellement qu’il finit par se lever. Et Jésus conclut : « Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira. » Cela peut quand même nous surprendre. Est-ce donc cela, la prière ? Insister jusqu’à ce que Dieu, exaspéré, finisse par nous donner ce que nous voulons ? Évidemment non.
Dieu n’est pas un voisin grincheux qu’il faudrait réveiller au milieu de la nuit. Et la prière n’est pas une sorte de distributeur automatique : je mets quelques « Je vous salue Marie », deux « Notre Père », une petite intention bien précise… et j’attends que la machine me donne ce que j’ai demandé ! Alors pourquoi Jésus insiste-t-il autant sur la demande, la recherche, la porte à laquelle on frappe ? Parce que prier, c’est d’abord oser avoir besoin de quelqu’un.
Et cela, ce n’est pas toujours facile. Nous aimons tellement être autonomes. Nous voulons pouvoir nous débrouiller seuls, régler nos problèmes, maîtriser notre vie. Jusqu’au jour où quelque chose nous échappe : une maladie, un deuil, une relation qui se brise, un enfant qui nous inquiète, une décision que nous ne savons plus prendre. Alors nous découvrons que nous ne sommes pas tout-puissants. Et c’est peut-être justement là que commence la prière.
Dans la première lecture, Paul reproche aux Galates d’avoir commencé par l’Esprit et de vouloir maintenant tout accomplir par leurs propres forces. « Après avoir commencé par l’Esprit, allez-vous finir maintenant par la chair ? » Autrement dit : vous avez reçu quelque chose de Dieu, et maintenant vous voulez vivre comme si vous n’aviez plus besoin de lui. Cela nous ressemble parfois beaucoup. Nous demandons à Dieu de nous aider… mais nous voulons quand même tout contrôler. Nous lui confions notre vie… à condition qu’il fasse les choses comme nous l’avons prévu !
Jésus nous invite à une autre attitude : demander, chercher, frapper. Non pas pour forcer Dieu à faire notre volonté, mais pour apprendre à recevoir la sienne. Le pape François disait que « l’insistance ne sert pas à informer Dieu ou à le convaincre, mais à alimenter en nous le désir et l’attente ». Voilà peut-être le secret de la prière persévérante : ce n’est pas toujours Dieu qui change parce que nous prions ; c’est souvent nous qui changeons en continuant de prier.
Et Jésus va jusqu’au bout : « Si vous qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! » Remarquons bien : Jésus ne dit pas que le Père nous donnera tout ce que nous voulons. Il nous donnera l’Esprit Saint. C’est-à-dire sa présence. Sa force. Sa lumière. Cette capacité de continuer à avancer quand nous ne comprenons plus très bien où va notre chemin.
Alors aujourd’hui, peut-être n’avons-nous pas besoin de trouver beaucoup de mots pour prier. Nous pouvons simplement prendre devant Dieu ce qui nous pèse et lui dire : « Seigneur, je ne sais plus très bien quoi faire. Mais je frappe à ta porte. Je cherche. Je te fais confiance. Donne-moi ton Esprit. » Et peut-être qu’un jour, en regardant en arrière, nous découvrirons que Dieu n’a pas toujours changé les circonstances que nous lui demandions de changer. Mais qu’en frappant longtemps à sa porte, c’est notre cœur qu’il avait doucement ouvert.
Pour les personnes qui cherchent du travail, un logement, un refuge, une écoute ou simplement une place parmi les autres ; pour ceux qui ont demandé de l’aide et n’ont pas été entendus : mets sur leur route des frères capables d’ouvrir leur porte. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui prient depuis des mois ou des années pour un enfant, une guérison, une réconciliation, un proche qui s’est éloigné de toi : donne-leur de ne pas perdre confiance et fais grandir en eux la force de ton Esprit. Seigneur, nous te prions.
Pour notre communauté. Apprends-nous à ne pas seulement demander pour nous-mêmes. Donne-nous de devenir, à notre tour, ce voisin qui se lève dans la nuit, celui qui partage son pain, celui qui ouvre sa porte à celui qui frappe. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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