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         Jeudi de la 29ème semaine du Temps de l'Eglise

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Dans certines familles, pour que le repas se passe bien, on a établi une règle tacite : surtout, ne parlons pas de politique, de religion ou de sujets qui fâchent ! La paix est préservée… à condition que personne ne dise ce qu’il pense vraiment. Nous connaissons tous ces silences qui évitent une dispute, mais qui finissent parfois par éloigner les cœurs. Alors, comment entendre Jésus lorsqu’il déclare : « Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division » ? Lui qui proclame les artisans de paix heureux, lui qui donne sa paix à ses disciples, serait-il venu semer la discorde ?

Jésus ne fait pas l’éloge des querelles. Il sait simplement que la vérité et l’amour peuvent déranger. L’Évangile nous oblige parfois à choisir : entre le confort et la justice, entre notre tranquillité et la défense d’un faible, entre une rancune entretenue et le pardon qui nous coûte. Il arrive alors que nos choix provoquent l’incompréhension, même auprès de ceux que nous aimons. La division n’est pas le but ; elle est parfois le prix d’une fidélité qui refuse de sacrifier la vérité à une paix de façade.

« Je suis venu apporter un feu sur la terre », dit Jésus. Le pape Léon XIV, commentant précisément cet Évangile, le formule ainsi : « Le monde nous habitue à échanger la paix contre le confort, le bien contre la tranquillité. » Et il précise que le feu du Christ n’est pas celui des armes ou des paroles qui détruisent, mais celui de l’amour qui sert et combat l’indifférence. 

Mais comment porter ce feu sans devenir nous-mêmes incendiaires ? La réponse se trouve dans la première lecture. Paul prie pour que le Christ habite nos cœurs par la foi et que nous soyons « enracinés et fondés dans l’amour ». Avant de transformer le monde, il faut laisser le Christ transformer notre cœur. Sans cet enracinement, notre zèle devient agressivité ; notre défense de la vérité, dureté ; notre désir de justice, volonté d’avoir raison à tout prix.

Le psaume nous donne la mesure de cette transformation : « Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent. » La paix véritable ne s’oppose pas à la vérité ; elle naît lorsque la vérité est habitée par l’amour et que la justice refuse l’indifférence.

Alors, où le feu du Christ doit-il brûler aujourd’hui ? Peut-être dans une parole courageuse à prononcer, dans une injustice à ne plus laisser passer, dans une réconciliation à entreprendre ou dans un préjugé à abandonner. Demandons au Seigneur un cœur assez brûlant pour ne pas s’habituer au mal, mais assez humble pour ne jamais confondre le feu de l’Évangile avec celui de notre colère. Que le Christ mette en nous le feu de son amour : non pour multiplier les conflits, mais pour éclairer les consciences, réchauffer les cœurs et faire grandir cette paix qui ne se contente pas de sauver les apparences.

Pour ton Église : que le feu de l’Évangile la garde vivante et courageuse ; qu’elle défende la vérité sans dureté, annonce la justice sans orgueil et demeure servante de la paix. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples déchirés par la guerre, la haine et les divisions : que s’éteigne le feu des armes et des vengeances, et que s’allume celui de la rencontre, du dialogue et du pardon. Seigneur, nous te prions.

Pour les familles et les communautés blessées par des désaccords : que la vérité puisse être dite sans humilier, que les silences deviennent parole et que les blessures trouvent un chemin de guérison. Seigneur, nous te prions.

Pour celles et ceux qui prennent des risques pour défendre les personnes méprisées, dénoncer l’injustice ou secourir les plus fragiles : que ton Esprit fortifie leur courage et garde leur cœur enraciné dans l’amour. Seigneur, nous te prions.

Pour chacun de nous : que ton Christ habite nos cœurs, qu’il consume notre indifférence et fasse grandir en nous une paix qui ne fuit pas la vérité, mais la rend féconde. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, repère une situation où tu privilégies peut-être la tranquillité plutôt que l’amour véritable : une personne mise à l’écart, une injustice que tu préfères ne pas voir, une réconciliation que tu repousses, ou une vérité qui mérite d’être exprimée. Pose un geste concret, mais choisis la manière du Christ : parler avec franchise sans blesser, intervenir sans humilier, ou faire le premier pas sans chercher à avoir le dernier mot.

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