Lundi de la 27ème semaine du Temps de l'Église
Nous sommes parfois très forts pour savoir ce que les autres devraient faire. Nous avons même souvent des solutions pour des problèmes que nous n’avons jamais rencontrés ! Mais lorsqu’un problème arrive à notre porte, c’est une autre histoire… L’Évangile commence justement par une question très théorique : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? » Puis vient une deuxième question : « Et qui est mon prochain ? »
Jésus aurait pu donner une définition. Une liste. Une règle précise : ceux-là, oui ; ceux-là, non. Mais il raconte une histoire. Et dans cette histoire, un homme est couché au bord de la route, blessé, dépouillé, abandonné. Le prêtre le voit. Le lévite le voit. Le Samaritain le voit. La différence n’est donc pas dans leurs yeux. Elle est dans ce qu’ils font de ce qu’ils voient. Les deux premiers passent leur chemin. Peut-être ont-ils leurs raisons. Ils sont pressés. Ils ont leurs obligations. Ils ne savent pas quoi faire. Et puis, après tout, ce n’est pas leur problème… e Samaritain, lui, « fut saisi de compassion ». Il s’approche. Il soigne. Il porte. Il paie. Il revient même sur ses pas pour que l’homme ne soit pas abandonné.
La compassion biblique n’est donc pas simplement avoir mal pour quelqu’un. Elle met les pieds en mouvement. Le pape François le disait très simplement : « La compassion ce n’est pas des beaux sentiments […] c’est créer un nouveau lien avec l’autre. » Voilà ce que Paul nous demande dans la première lecture : ne pas transformer l’Évangile. « Si quelqu’un vous annonce un Évangile différent de celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème ! »
Or l’Évangile peut être déformé de bien des manières. On peut en faire une théorie. Une idéologie. Une morale. Même une belle religion qui nous rassure… mais qui ne nous fait pas descendre de notre chemin pour nous approcher de celui qui est à terre. Le Samaritain nous rappelle que l’Évangile véritable a toujours un visage. Et peut-être que la question de Jésus est à retourner. Le légiste demande : « Qui est mon prochain ? » Jésus finit par demander : « Lequel s’est montré le prochain ? » Ce n’est plus : « Qui dois-je aimer ? » c’est : « De qui vais-je me faire proche ? »
Cette question peut devenir très concrète aujourd’hui. Qui est la personne que je croise régulièrement mais que je ne regarde plus vraiment ? Qui est celle dont je connais la souffrance mais à laquelle je n’ai jamais proposé mon aide ? Qui est celle que je préfère éviter parce qu’elle complique ma vie ? Le prochain n’est pas toujours celui que nous avons choisi. Il est souvent celui que la vie place sur notre route.
Et c’est peut-être là que commence la vie éternelle dont parle Jésus : non pas dans de grandes performances spirituelles, mais dans cette capacité très simple à s’arrêter quand l’amour nous demande de nous arrêter. Car, avant même que nous soyons de bons Samaritains, le Christ s’est fait proche de nous. Il s’est penché sur nos blessures, il nous a relevés et il nous a portés. Alors aujourd’hui, Jésus ne nous demande pas d’aimer toute l’humanité en théorie. Il nous dit simplement : « Va, et toi aussi, fais de même. »
Pour ceux qui sont tombés au bord du chemin : les pauvres, les malades, les personnes sans abri, les exilés, ceux que la solitude enferme dans le silence : que se lève sur leur route un frère, une sœur, un cœur qui s’arrête. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui portent des responsabilités : qu’ils ne regardent jamais la souffrance de loin, mais qu’ils aient le courage de s’approcher, de relever ceux qui sont blessés et de chercher la justice pour les plus faibles. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui sont eux-mêmes blessés : ceux dont le cœur est meurtri, ceux qui ont été rejetés, trahis ou oubliés : mets sur leur route des témoins de ta tendresse et rends-leur l’espérance. Seigneur, nous te prions.
Pour nous qui célébrons ton Eucharistie : ouvre nos yeux pour voir, nos oreilles pour entendre, nos mains pour servir et nos pieds pour nous approcher de celui qui a besoin de nous. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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