Lundi de la 28ème semaine du Temps de l'Eglise
Nous sommes devenus des spécialistes des signes. Un petit symbole sur notre téléphone nous indique qu’un message est arrivé. Un panneau nous dit où tourner. Un voyant rouge s’allume dans la voiture… et là, curieusement, nous comprenons tout de suite que ce n’est pas une invitation à continuer tranquillement ! Nous aimons les signes parce qu’ils nous rassurent. Et dans l’Évangile, les gens demandent eux aussi un signe à Jésus. Ils veulent une preuve, quelque chose qui les oblige enfin à croire.
Mais Jésus refuse de jouer à ce jeu-là : « Cette génération est mauvaise : elle cherche un signe. » Pourquoi ? Parce qu’un signe ne sert à rien si nous avons déjà décidé de ne pas voir. Le véritable signe que Jésus donne, c’est le signe de Jonas. Jonas est envoyé à Ninive pour appeler à la conversion. Et ce qui est extraordinaire, c’est que les Ninivites écoutent. Ils changent. Ils se lèvent. Ils prennent au sérieux une parole qui les dérange. Jésus dit alors : « Ici, il y a bien plus que Jonas. »
Autrement dit : vous cherchez un signe, mais le signe est déjà devant vous. C’est moi. Nous pouvons facilement reconnaître quelque chose de cette attitude dans notre propre vie. Nous disons parfois : « Si Dieu pouvait seulement me montrer qu’il existe… Si seulement il pouvait me donner un signe… » Et pendant ce temps, Dieu nous parle peut-être déjà dans une Parole entendue mille fois, dans une personne qui nous appelle à pardonner, dans une souffrance qui nous oblige à revoir nos priorités, dans une rencontre qui nous déplace.
Le problème n’est pas toujours que Dieu ne nous donne pas de signes. C’est parfois que nous attendons le signe qui nous arrangerait. Le pape François parlait à ce propos du « syndrome de Jonas » : cette tentation de se croire juste, de juger les autres et de préférer une religion bien rangée à la miséricorde. Pour lui, le véritable « signe de Jonas » est précisément la miséricorde de Dieu.
Et la première lecture nous fait entendre quelque chose de très beau : Paul parle de deux femmes, Agar et Sara, et de deux manières de vivre. L’une représente la servitude ; l’autre, la liberté. Voilà peut-être le vrai signe que Dieu veut donner à notre vie : passer de la peur à la liberté, de l’obligation à la confiance, de la religion que l’on subit à la relation que l’on choisit. Nous pouvons être chrétiens depuis longtemps et rester intérieurement esclaves : esclaves du regard des autres, de nos habitudes, d'une rancune, de la peur de ne pas être à la hauteur. Mais le Christ est venu pour nous rendre libres.
Alors peut-être qu’aujourd’hui, au lieu de demander encore un signe à Dieu, nous pourrions lui demander : « Seigneur, donne-moi des yeux pour reconnaître les signes que tu places déjà sur mon chemin. » Et peut-être qu’un de ces signes sera très simple : une personne à appeler, une parole à demander pardon, une inquiétude à remettre entre ses mains, un geste de bonté que nous repoussons depuis trop longtemps. Car Dieu n’est pas toujours dans l’extraordinaire. Très souvent, son signe commence par une petite conversion dans notre cœur.
Pour les peuples qui cherchent un chemin de paix : là où les armes parlent encore, fais surgir des hommes et des femmes capables d’entendre les appels au dialogue, au pardon et à la réconciliation. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui attendent un signe d’espérance : les malades, les personnes seules, celles qui traversent une épreuve ou qui ne savent plus dans quelle direction avancer. Place sur leur route une présence fraternelle qui leur redonne courage. Seigneur, nous te prions.
Pour chacun de nous : délivre-nous de ce qui nous enferme et nous rend esclaves. Donne-nous de reconnaître les petits signes de ta présence et le courage de répondre aux appels que tu déposes dans notre vie. Seigneur, nous te prions.
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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