Lundi de la 30ème semaine du Temps de l'Eglise
A force de porter des soucis, certains finissent par avoir le dos courbé. Et il y en a d’autres qui, à force de regarder leurs écrans, ont presque le même problème ! Mais il existe surtout des courbures intérieures : ces blessures, ces rancunes, ces peurs qui nous empêchent de regarder les autres et l’avenir en face. Dans l’Évangile, Jésus rencontre une femme courbée depuis dix-huit ans. Dix-huit ans à regarder le sol, à ne plus pouvoir lever les yeux vers le ciel. Et voici un détail remarquable : c’est Jésus qui la voit et qui l’appelle. Elle ne lui demande rien. Avant même qu’elle ait formulé sa demande, Jésus a remarqué sa souffrance. C’est peut-être une première Bonne Nouvelle pour nous : Dieu voit ce que les autres ne voient plus, ce que nous-mêmes avons parfois cessé d’espérer. Il voit la fatigue cachée derrière un sourire, la solitude derrière une apparente autonomie, la blessure derrière une parole un peu sèche. Et il ne réduit jamais une personne à ce qui la fait souffrir. « Femme, te voici délivrée de ton infirmité », lui dit Jésus. Puis il lui impose les mains, et elle se redresse. La guérison est physique, bien sûr, mais elle est aussi une restauration de sa dignité. Celle que l’on pouvait regarder comme une malade devient une femme debout, capable de lever les yeux et de glorifier Dieu.
Le chef de la synagogue voit une transgression ; Jésus voit une femme qui souffre. L’un défend une règle, l’autre rend la vie. Saint Jean Chrysostome nous rappelle que « Rien ne nous rend tellement semblables à Dieu que de faire du bien à tous. »*. Voilà peut-être le véritable critère de notre fidélité : non pas seulement nous demander si nous avons respecté la règle, mais si, par notre manière de l’appliquer, quelqu’un a pu se relever.
Saint Paul nous donne alors une clé pour comprendre cet Évangile, au tout début de la première lecture de ce jour : « Soyez entre vous pleins de générosité et de tendresse. ». La bonté chrétienne n’est pas une vague gentillesse. Elle consiste à regarder l’autre comme Dieu le regarde, à ne pas l’enfermer dans son passé, ses erreurs ou ses fragilités. Elle nous demande parfois de déplacer nos habitudes, nos jugements et même nos certitudes pour que quelqu’un puisse se relever.
Le psaume nous propose une autre image symbolque : l’homme juste est « comme un arbre planté près d’un ruisseau ». Il ne grandit pas par ses propres forces seulement ; il reçoit l’eau qui le fait vivre. De même, nous ne pouvons pas porter durablement du fruit si nous nous coupons de la Parole de Dieu. Et Paul ajoute : « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ». Il ne dit pas seulement que nous étions dans les ténèbres, mais que nous étions ténèbres : c’est toute notre manière de vivre qui peut être transformée.
Le Christ nous a regardés avant même que nous sachions l’appeler. À notre tour, apprenons à voir, à nous approcher et à délier ce qui entrave la vie. Car la vraie lumière ne consiste pas seulement à savoir ce qui est juste : elle consiste à faire en sorte que quelqu’un puisse se remettre debout et rendre grâce à Dieu.
* Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l’Évangile de Matthieu, 45, 4 (sur Mt 12, 7).
Pour les peuples courbés sous le poids de la guerre, de la violence et de l’injustice, pour ceux que l’exil arrache à leur terre et ceux que la peur prive d’avenir : que des mains se tendent, que des paroles de paix ouvrent des chemins et que la fraternité fasse refleurir l’espérance. Seigneur, nous te prions.
Pour les malades, les personnes âgées, les personnes isolées et tous ceux dont la souffrance demeure invisible, pour ceux qui n’osent plus demander de l’aide : que ton regard les rejoigne et que nous sachions leur offrir une présence qui console, une écoute qui accueille et une proximité qui relève. Seigneur, nous te prions.
Pour notre communauté, afin que nous ne préférions jamais la tranquillité de nos habitudes à la joie de servir, ni la lettre de la règle à l’esprit de l’Évangile ; que ta Parole, comme une eau vive, irrigue nos vies et nous fasse porter des fruits de bonté, de justice et de vérité.Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui nous ont quittés, particulièrement ceux qui ont vécu longtemps dans l’épreuve : que le Christ les délivre de tout ce qui les retenait courbés vers la terre et les établisse dans la lumière de ton Royaume, où toute larme sera essuyée. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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