Mardi de la 30ème semaine du Temps de l'Eglise
ISi, comme moi, vous faites votre pain, vousfaites l’expérience d’une chose étonnante : on mélange un peu de levain à la pâte, on pétrit, puis on attend. Pendant un moment, on ne voit presque rien. On pourrait s’impatienter, demander à la pâte de faire un effort ! Mais le levain travaille en silence, de l’intérieur. Jésus compare justement le Royaume de Dieu à du levain enfoui dans la pâte. Il ne s’impose pas par le bruit, la force ou les grandes démonstrations. Il commence petit, presque invisiblement, et pourtant il transforme tout.
Mais comment ce levain agit-il dans nos relations ? La lettre aux Éphésiens nous donne une piste, particulièrement exigeante : « Soyez soumis les uns aux autres dans la crainte du Christ. » Le passage parle ensuite de l’amour des époux, avec des expressions marquées par la culture de son époque, parfois difficiles à entendre aujourd’hui. Il serait dangereux d’y chercher une justification de la domination de l’un sur l’autre. Le mouvement décisif est celui de la réciprocité : chacun est appelé à se donner à l’autre, à le respecter et à chercher son bien. Le pape François, dans Amoris laetitia (§ 156), rappelle que l’union conjugale se réalise dans une « donation réciproque qui est aussi une soumission réciproque ». Alors, on comprend mieux le mot soumission : l'autre passe avant moi; son bonheur avant tout. Et saint Paul pousse l’exigence jusqu’au bout en prenant le Christ pour modèle : il aime l’Église jusqu’à se livrer pour elle. L’amour chrétien ne consiste donc pas à prendre le pouvoir sur l’autre, mais à se demander ce qui peut le faire vivre. Il ne cherche pas à gagner chaque discussion, à avoir toujours raison ou à tenir les comptes de ce qu’il donne et reçoit.
Le psaume nous montre le bonheur de celui qui marche avec le Seigneur. Il évoque la fécondité de la vigne et de l’olivier : des images simples, enracinées dans la vie familiale et le travail quotidien. La bénédiction de Dieu ne nous dispense pas de cultiver nos relations ; elle nous apprend à en prendre soin avec patience. Nous aimerions parfois que les choses changent vite : dans notre couple, notre famille, notre communauté, notre paroisse, notre Église. Pourtant, le levain nous enseigne une autre manière d’agir : consentir à commencer petit, sans mépriser les commencements modestes.
Le Royaume grandit lorsque nous cessons de vouloir transformer les autres à notre mesure et que nous acceptons de nous laisser transformer nous-mêmes par le Christ. Alors, peu à peu, notre manière d’aimer devient plus libre, plus généreuse, plus féconde. Et la pâte entière peut se mettre à lever.
Pour les couples et les familles : que grandissent entre eux le respect, la tendresse et la réciprocité ; que personne ne soit dominé ni humilié, et que chacun puisse aider l’autre à devenir pleinement lui-même. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui travaillent humblement à rendre notre monde plus juste et plus fraternel, sans voir toujours les résultats de leurs efforts : garde leur espérance et fais porter du fruit à leurs gestes de paix. Seigneur, nous te prions.
Pour notre communauté : que les petits gestes de fidélité, d’accueil, de pardon et de solidarité deviennent le levain d’une fraternité toujours plus profonde. Seigneur, nous te prions.
Pour chacun de nous : apprends-nous à ne pas mépriser les commencements modestes et donne-nous la patience de croire que ton Royaume grandit aussi dans ce qui demeure caché. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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