Mercredi de la 29ème semaine du Temps de l'Eglise
Il y a des métiers où l’on passe sa journée à attendre : attendre un client, un appel, une décision… Et puis il y a ces attentes qui finissent par nous user, parce que rien ne semble avancer. On continue à faire ce qu’on peut, mais on se demande parfois si cela sert encore à quelque chose.
Depuis hier, Jésus nous parle de vigilance. Et voici qu’aujourd’hui, au lieu de nous menacer d’une catastrophe, il nous donne une béatitude : « Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi ! » Qu’est-ce donc qui peut nous rendre heureux ?
D’abord, accepter notre condition de serviteurs. Dans la Bible, le serviteur n’est pas nécessairement celui qui ne compte pour rien : il est celui à qui une mission est confiée. Marie se présente comme la servante du Seigneur parce qu’elle accepte de collaborer à son œuvre. Et voilà le paradoxe merveilleux de notre Dieu : il pourrait tout faire sans nous, et pourtant il choisit de nous associer à son travail. Il nous confie son Évangile, ses frères et sœurs, ce monde à aimer. Nous ne sommes pas des spectateurs de son Royaume, mais des collaborateurs de sa grâce.
Ensuite, Jésus précise la mission : donner à chacun sa nourriture en temps voulu. Il ne s’agit pas seulement de pain. Il y a des personnes qui ont faim d’écoute, de reconnaissance, de réconfort, de pardon ou simplement d’une présence fidèle. Le pape Léon XIV le rappelait un dimanche à l’Angelus : les dons reçus de Dieu — nos compétences, notre temps, notre amour, notre présence — sont faits pour être mis généreusement au service des autres. La question devient alors très concrète : ma présence nourrit-elle ceux que je rencontre ? Est-ce que je leur donne de quoi vivre, ou est-ce que je les épuise par mon impatience et mes exigences ?
Enfin, Jésus nous invite à tenir dans la durée. Nous prions pour la paix, nous travaillons pour plus de justice, nous essayons de prendre soin de la création ; et pourtant les conflits persistent, les inégalités demeurent, les efforts semblent parfois dérisoires. La tentation est grande de baisser les bras. Mais la foi n’est pas l’assurance que tout réussira rapidement. Elle est la confiance que rien de ce qui est donné par amour n’est perdu.
La lettre aux Éphésiens nous rappelle que, dans le Christ, nous avons accès à Dieu avec confiance. Et le prophète Isaïe nous invite à puiser avec joie aux sources du salut. Voilà ce qui nous permet de durer : nous ne servons pas pour fabriquer seuls le Royaume, mais parce que nous puisons à une source qui ne tarit pas.
Alors, soyons heureux de cette mission confiée. Aujourd’hui, quelqu’un attend peut-être de nous une parole qui relève, un geste qui soulage ou une fidélité qui ne se lasse pas. Le Seigneur ne nous demande pas de tout résoudre. Il nous demande d’être trouvés au travail : éveillés, disponibles, habités par l’espérance. Et si notre bonheur commençait là, dans cette joie humble de donner à chacun sa nourriture en temps voulu ?
Pour celles et ceux qui se dépensent sans voir les fruits de leurs efforts : les artisans de paix, les soignants, les éducateurs, les personnes engagées auprès des plus pauvres ; renouvelle leur courage et garde vivante leur espérance. Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui ont faim de pain, de justice, d’écoute ou d’amitié : suscite des hommes et des femmes capables de leur donner, au moment opportun, ce qui les aidera à vivre et à se relever. Seigneur, nous te prions.
Pour notre communauté : apprends-nous à ne pas garder pour nous les dons reçus, mais à les mettre au service de tous ; fais de nous des serviteurs attentifs, persévérants et joyeux. Seigneur, nous te prions.
Pour chacun de nous : lorsque nous sommes tentés de nous décourager devant la lenteur des changements, rappelle-nous que tout geste accompli par amour peut devenir semence de ton Royaume. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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