Notre-Dame du Rosaire
Nous connaissons tellement bien certaines prières que nous pouvons parfois les réciter sans même savoir où nous en sommes ! Le chapelet a parfois ce petit danger : les lèvres continuent, les doigts avancent sur les grains… et la tête, elle, est déjà partie faire les courses ! Mais le Rosaire n’est pas une prière où l’on cherche à dire beaucoup de choses à Dieu. C’est une prière où l’on apprend à regarder avec Marie.
L’Évangile nous donne justement aujourd’hui la prière que Jésus transmet à ses disciples : « Père… que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne… Donne-nous le pain dont nous avons besoin… pardonne-nous… » Remarquons quelque chose : Jésus ne commence pas par nous apprendre à parler de nous-mêmes. Il nous apprend d’abord à nous tourner vers le Père. Avant nos problèmes, nos demandes, nos inquiétudes : Dieu. Son nom. Son règne. Sa volonté.
Et Marie a vécu cela avant nous. Elle a appris à accueillir Dieu avant de chercher à tout comprendre. C’est pourquoi le Rosaire est profondément évangélique. Saint Jean-Paul II disait qu’il nous conduit « à l’école de Marie » pour contempler le visage du Christ. Voilà le secret du chapelet : à force de répéter « Je vous salue Marie », nous ne cherchons pas à retenir Marie à la place de Jésus. Nous lui demandons de nous apprendre à regarder Jésus comme elle l’a regardé : dans la joie de Bethléem, dans l’inquiétude de Nazareth, dans la souffrance du Calvaire, dans la lumière de la Résurrection.
Et la première lecture nous rappelle que cette rencontre avec le Christ ne peut pas rester enfermée dans nos habitudes. Paul découvre que l’Évangile est destiné à tous. Il lui faut même défendre cette universalité auprès de ceux qui voudraient le réserver à quelques-uns.
Le Rosaire nous conduit donc dans deux directions : vers le cœur et vers le monde. Vers le cœur, parce que Marie nous apprend à accueillir le Christ. Vers le monde, parce que celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut pas garder cette lumière pour lui.
Le pape François priait Marie comme « femme de l’écoute » et lui demandait d’ouvrir nos oreilles pour entendre la parole de son Fils au milieu des « milliers de paroles de ce monde ». C’est peut-être l’un des grands besoins de notre époque : nous entendons tellement de choses que nous avons parfois du mal à écouter.
Alors, en cette fête de Notre-Dame du Rosaire, peut-être pouvons-nous retrouver la simplicité de cette prière. Pas pour réciter davantage. Mais pour écouter davantage. Prendre un mystère. Une dizaine. Quelques minutes. Et laisser une scène de l’Évangile entrer doucement dans notre vie. Parce que Marie ne nous apprend pas seulement à prier. Elle nous apprend à faire de notre vie une réponse à Dieu. Et peut-être qu’au bout d’un chapelet, nous ne serons pas devenus de grands mystiques. Mais si nous avons appris à regarder un peu plus comme Marie, à écouter un peu mieux Jésus, et à aimer un peu davantage ceux qui nous entourent, alors notre prière aura déjà commencé à porter du fruit.
Pour les peuples de la terre, pour ceux que séparent les frontières, les langues, les religions ou les blessures de l’histoire : que l’Évangile ouvre des chemins de rencontre et que le nom du Père soit sanctifié dans la justice et la paix, Seigneur, nous te prions.
Pour ceux qui portent dans leur cœur une souffrance cachée, pour les malades, les familles éprouvées, les personnes seules et découragées : que Marie les accompagne de sa présence maternelle et leur apprenne à garder l’espérance au cœur de la nuit,
Seigneur, nous te prions.
Pour tous ceux qui prient le Rosaire, dans les familles, les communautés, les sanctuaires et dans le secret des maisons : que cette prière ne soit jamais une simple répétition de paroles, mais une école de contemplation, de confiance et de charité, Seigneur, nous te prions.
Pour chacun de nous, afin que nous sachions, comme Marie, accueillir la Parole, la garder dans notre cœur et la laisser devenir un geste de bonté, de pardon ou de paix, Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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