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Saint Ignace d'Antioche

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Quiconque se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. Mais celui qui m’aura renié en face des hommes sera renié à son tour en face des anges de Dieu. Quiconque dira une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera pardonné ; mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pas pardonné. Quand on vous traduira devant les gens des synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la façon dont vous vous défendrez ni de ce que vous direz. Car l’Esprit Saint vous enseignera à cette heure-là ce qu’il faudra dire. »

Il y a des choses que nous n’avons aucun mal à afficher publiquement : nos opinions, nos goûts, nos convictions… jusqu’au moment où nous sentons que cela risque de nous coûter quelque chose. Alors, parfois, nous préférons nous taire. Non pas nécessairement parce que nous avons changé d’avis, mais parce que nous n’avons pas envie de nous compliquer la vie ! L’Évangile de ce jour nous place précisément devant cette question : oserons-nous reconnaître le Christ lorsque cela devient moins confortable ?

Jésus déclare : « Celui qui se sera déclaré pour moi devant les hommes, le Fils de l’homme aussi se déclarera pour lui devant les anges de Dieu. » Il ne nous demande pas de faire du bruit, de chercher la confrontation ou de donner des leçons à tout le monde. Il nous invite à ne pas avoir honte de lui, à laisser notre appartenance au Christ se traduire dans notre manière de vivre, de parler et de traiter les autres. Reconnaître Jésus, ce n’est pas seulement porter une croix autour du cou ou afficher une belle image dans sa maison. C’est parfois prendre la défense d’une personne dont tout le monde se moque, refuser une parole méprisante, rester fidèle à la vérité quand le mensonge serait plus commode. C’est rendre visible, dans des gestes ordinaires, Celui auquel nous croyons.

Saint Ignace d’Antioche, dont nous faisons mémoire aujourd’hui, a vécu cette fidélité jusqu’au don de sa vie. Évêque et martyr au début du IIᵉ siècle, il a compris que suivre le Christ ne consiste pas simplement à admirer Jésus de loin, mais à lui appartenir jusque dans l’épreuve. Son témoignage nous pose une question toute simple : quelle place le Christ occupe-t-il réellement dans mes choix ?

La première lecture nous donne une clé précieuse. Paul prie pour que les Éphésiens reçoivent « un esprit de sagesse qui vous le révèle et vous le fasse vraiment connaître ». La foi n’est pas seulement une conviction que nous posséderions une fois pour toutes. Elle est une connaissance qui grandit, une lumière à accueillir, une relation à approfondir. Paul demande aussi que nous comprenions « quelle espérance vous donne son appel » et quelle est la grandeur de la puissance de Dieu à l’œuvre dans les croyants.

Voilà qui nous empêche de réduire la foi à une affaire de courage personnel. Nous ne sommes pas appelés à témoigner du Christ en comptant uniquement sur nos forces. Celui que nous confessons est le Ressuscité, établi par Dieu au-dessus de toute puissance, et qui est, selon Paul, « la tête de l’Église, qui est son corps ». Nous ne sommes donc jamais seuls : nous appartenons à un peuple, et nous recevons du Christ la force de lui rester fidèles.

Le psaume, lui, nous ramène à notre juste place devant Dieu : « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? » L’être humain est fragile, et pourtant Dieu lui confie une dignité extraordinaire. C’est précisément cette dignité qui mérite d’être défendue, en nous-mêmes comme chez les autres.

Aujourd’hui, demandons donc au Seigneur non pas de nous rendre spectaculaires, mais de nous rendre fidèles. Que notre foi ne soit ni un masque ni un slogan, mais une présence discrète et courageuse. Et que, dans une parole juste, un geste de solidarité ou un refus de participer au mépris, quelqu’un puisse entrevoir un peu du visage du Christ.

Pour l’Église, afin qu’elle témoigne du Christ avec humilité et courage, non par la puissance ou la contrainte, mais par la vérité de sa parole et la charité de ses actes. Seigneur, nous te prions.

Pour les chrétiens persécutés ou marginalisés à cause de leur foi, pour ceux qui n’osent pas exprimer leurs convictions par peur du rejet, afin que l’Esprit Saint leur donne force, liberté et espérance. Seigneur, nous te prions.

Pour les personnes dont la dignité est bafouée, celles que l’on méprise, que l’on oublie ou que l’on réduit à leur fragilité, afin que notre regard reconnaisse en chacune la grandeur que Dieu lui a donnée. Seigneur, nous te prions.

Pour notre communauté, afin que notre foi ne reste pas seulement dans nos paroles, mais se traduise dans nos gestes quotidiens, et que nous sachions reconnaître le Christ dans nos frères et sœurs. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui traversent une épreuve et ne trouvent plus les mots pour prier, afin que l’Esprit Saint lui-même soutienne leur espérance et leur fasse découvrir une présence fidèle au cœur de leur nuit. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, choisissons délibérément un geste qui rende notre foi visible : défendre quelqu’un injustement critiqué, prendre le temps d’écouter une personne isolée, refuser de participer à une parole blessante ou oser dire simplement pourquoi l’Évangile compte pour nous.

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