Samedi de la 30ème semaine du Temps de l'Eglise
Les futurs mariés me disent souvent qu'une des choses les plus difficiles pour le jour de leur mariage, ce sont les places à table ... Qui sera à la table d’honneur ? Qui sera près de qui ? Et gare à celui qui découvre, en arrivant, qu’il est placé tout au fond alors qu’il se voyait déjà près des personnes importantes ! Nous sourions, mais cette petite comédie révèle quelque chose de profondément humain : nous aimons être reconnus, remarqués, considérés.
Jésus observe les invités qui choisissent les premières places et leur raconte une parabole. Il ne donne pas simplement un conseil de savoir-vivre pour éviter une humiliation publique. Il touche à une question plus profonde : pourquoi avons-nous tant besoin de nous placer au-dessus des autres ? Pourquoi notre valeur dépend-elle si souvent du regard qu’ils portent sur nous ? Le pape François le soulignait : « Cette course aux premières places fait mal à la communauté, tant civile qu’ecclésiale, parce qu’elle nuit à la fraternité. »* Si on recherche toujours la reconnaissance, l'autre finit par devenir un concurrent.
Paul nous propose un tout autre regard. Il écrit depuis la prison et s’interroge sur la possibilité de mourir ou de continuer à vivre. « Pour moi, vivre c’est le Christ », affirme-t-il. Il pourrait désirer partir pour être auprès du Seigneur ; pourtant, il comprend que rester est nécessaire pour ses communautés. Il ne raisonne pas en fonction de ce qui lui apporterait le plus de prestige ou de satisfaction, mais de ce qui fera grandir la foi des autres. Epatant, non ?
Voilà une véritable humilité : non pas se mépriser, ni prétendre que nous ne valons rien. Ca, c'est du mésérabilisme ... Non, la vraie humilité, c'est de ne plus avoir besoin d’être au centre pour trouver notre joie. Paul sait ce qu’il désire, mais il est prêt à demeurer là où l’amour le rend utile. Il découvre que sa vie prend son sens lorsqu’elle devient un don.
Le psaume exprime cette même orientation à travers une soif profonde : « Mon âme a soif de Dieu, le Dieu vivant. » Peut-être est-ce là que se trouve la racine de notre agitation. Nous cherchons parfois dans les honneurs, les compliments et les premières places ce que seul Dieu peut nous donner : la certitude que notre vie a du prix. Quand nous nous savons aimés de lui, nous pouvons laisser à d’autres la place d’honneur sans avoir l’impression de perdre la nôtre. J'ai un prix incroyable aux yeux de Dieu ... C'est bien plus, que la première place aux élections !
Jésus nous dit de choisir la dernière place. Il ne nous invite pas à jouer les modestes pour être finalement remarqués et appelés plus haut ! Il nous apprend à vivre sans calculer sans cesse notre rang. Dans le Royaume, la vraie grandeur consiste à se recevoir de Dieu et à se rendre disponible aux autres.
Celui qui n’a plus besoin de gagner toutes les premières places devient enfin libre d’aimer. Et cette liberté-là est déjà une joie du Royaume.
* Angélus du 1er septembre 2019
Pour celles et ceux qui se sentent oubliés, méprisés ou relégués aux dernières places de la société : qu’ils rencontrent des frères et des sœurs capables de reconnaître leur dignité et de leur rendre confiance. Seigneur, nous te prions.
Pour les responsables de nos communautés, de nos associations et de nos pays : qu’ils recherchent non leur prestige personnel, mais le bien de ceux qui leur sont confiés, particulièrement les plus fragiles. Seigneur, nous te prions.
Pour notre communauté : délivre-nous de la rivalité et du besoin d’être toujours reconnus ; apprends-nous à nous réjouir des dons des autres et à servir sans calculer ce que nous recevrons en retour. Seigneur, nous te prions.
Pour chacun de nous : lorsque notre âme a soif de reconnaissance, ramène-nous à la source de ton amour ; donne-nous la liberté de laisser à d’autres la première place et la joie de contribuer à leur bonheur. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Commentaires
Enregistrer un commentaire