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Toussaint

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

On imagine parfois les saints comme des personnes qui n’auraient jamais commis la moindre erreur, toujours patientes, toujours souriantes, avec déjà un petit halo au-dessus de la tête ! Autant dire que, pour la plupart d’entre nous, la sainteté semble réservée à quelques champions de la vie spirituelle. Et nous voilà presque rassurés : ce n’est pas pour nous ! Avons-nous vraiment envie d'être saints ?

Nous sommes à côté de la plaque quand nous pensons ça.  Dans l’Apocalypse, Jean contemple une foule immense, impossible à dénombrer, venue de toutes les nations, langues et peuples. Ce ne sont pas quelques privilégiés rassemblés dans un coin du ciel : c’est une multitude. Et lorsqu’on lui demande qui sont ces gens vêtus de blanc, il apprend qu’ils viennent de la grande épreuve et qu’ils ont lavé leurs robes dans le sang de l’Agneau. Leur sainteté n’est pas le résultat d’une vie sans combat. Elle est le fruit de leur rencontre avec le Christ, qui les a sauvés et dont ils ont accueilli l’amour.

Saint Jean nous donne la clé : « Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu — et nous le sommes ! » La sainteté commence ici, non dans nos performances, mais dans un don. Le pape François le rappelait à la Toussaint 2023 : « La sainteté est à la fois un don et un chemin. » Dieu nous donne sa vie ; il nous appartient de la laisser grandir en nous. Alors, vous avez bien compris : les Béatitudes ne sont pas un programme de perfection impossible à réaliser. Elles dessinent le visage de Jésus lui-même : pauvre de cœur, doux, miséricordieux, artisan de paix, fidèle jusque dans l’épreuve. Devenir saint, ce n’est pas devenir un héros qui n’aurait besoin de personne. C’est laisser le Christ nous rendre peu à peu semblables à lui, dans nos relations, nos choix et nos fragilités.

À Saint-Denis, devant les jeunes de France, Léon XIV a lancé cet appel : « Vous êtes les saints de France ! » Il ne leur délivrait pas un certificat de perfection ; il les réveillait à leur vocation. Cet appel nous concerne tous. La prière eucharistique pour la réconciliation II nous fait demander de poursuivre notre route « jusqu’à l’heure où nous serons devant toi, saints parmi les saints du ciel ». La sainteté est donc un avenir espéré, mais aussi - et c'est fondamental - une grâce, un cadeau de Dieu, qui travaille déjà notre présent.

Alors, que faire ? Peut-être commencer par accueillir avec confiance ce que nous sommes devant Dieu, sans nous décourager de nos lenteurs. Puis nous demander quel pas nous pouvons faire aujourd’hui : pardonner, consoler, pratiquer la justice, rétablir la paix, choisir la douceur plutôt que la violence.

La Toussaint ne nous invite pas à admirer les saints de loin, mais à entrer dans leur joie. Nous ne sommes pas encore ce que nous serons ; pourtant, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu. La sainteté commence lorsque nous cessons de vouloir nous fabriquer seuls une perfection et que nous laissons l’amour du Père prendre forme dans notre vie. Et cette œuvre-là, heureusement, Dieu ne se lasse pas de l’accomplir en nous.


Pour ton Église, Seigneur, pèlerine sur les routes du monde : qu’elle garde au cœur la lumière des Béatitudes, qu’elle relève les petits et les pauvres, et qu’elle laisse transparaître, jusque dans ses fragilités, le visage de ta sainteté.

Pour celles et ceux qui, dans les nuits de notre monde, allument de fragiles lumières : les artisans de paix, les défenseurs de la dignité humaine, les serviteurs des plus oubliés. Que leur courage ouvre des chemins là où les peuples se dressent les uns contre les autres, et que germe enfin la paix promise par ton Royaume.

Pour celles et ceux que la maladie, la solitude, le deuil ou la précarité tiennent à l’écart de la joie : que leur parvienne une présence fraternelle, qu’une main se tende dans leur nuit et qu’ils découvrent, même au cœur de l’épreuve, qu’aucune larme n’est perdue devant toi.

Pour nos défunts, ceux dont nous prononçons encore les noms avec tendresse et ceux que nul ne se souvient plus de nommer : accueille-les dans la lumière de ta demeure. Et pour nous qui marchons encore sur la terre, apprends-nous à reconnaître les traces de ta sainteté dans les gestes les plus simples, jusqu’au jour où nous rejoindrons la foule des témoins devant ton visage.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd’hui, choisis une Béatitude  -  une seule, car qui trop ebrasse, mal étreint - à laisser prendre chair dans ta vie.

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