Vendredi de la 30ème semaine du Temps de l'Eglise
Il y a des règlements qui ont été imaginés pour faciliter la vie, mais qui finissent parfois par la compliquer sérieusement. On a tous fait l'expérience d'appeler tel ou tel service : on vous explique très poliment que votre problème n’entre pas dans la bonne catégorie, et l’on vous renvoie vers un autre service ! Tout est parfaitement organisé, sauf qu’au bout du compte, personne ne vous aide.
N'est-ce pas un peu l'évangile d'aujourd'hui ? Jésus est invité à la table d’un chef des pharisiens, un jour de sabbat. On l’observe attentivement. Un homme atteint d’hydropisie se trouve devant lui, et Jésus pose une question simple : « Est-il permis, oui ou non, de faire une guérison le jour du sabbat ? » Silence général. Alors Jésus guérit cet homme et le renvoie libre. Le problème n’est pas que le sabbat soit inutile. C'est une excellent règle. Elle rappelle que le temps est un don de Dieu, un temps pour se souvenir que l’homme ne vit pas seulement de travail et qu’il est appelé à entrer dans le repos de Dieu. Mais comment respecter le jour consacré au Seigneur tout en refusant de secourir celui qui souffre ? La règle, qui devrait protéger la vie, devient absurde lorsqu’on s’en sert pour justifier l’indifférence.
Le pape François distinguait deux chemins* : celui qui s’attache à la lettre en oubliant la justice et l’amour, et celui de la charité, qui conduit à un discernement plus juste. Jésus, disait-il, commence par s’approcher de l’homme et le prendre par la main. La vraie fidélité à Dieu passe par cette proximité avec celui qui a besoin de nous.
C’est exactement ce que Paul demande aux Philippiens : que leur amour « progresse de plus en plus dans la pleine connaissance et en toute clairvoyance ». L’amour chrétien n’est pas une gentillesse vague qui dirait toujours oui. Il apprend à discerner ce qui fait réellement grandir l’autre, ce qui est juste, ce qui libère. Et c'est plus facile de suivre une loi que de réfléchir à ce qui est bon pour l'autre ... Mais il ne suffit pas non plus d’avoir de bonnes intentions : il faut encore chercher comment le bien peut devenir concret. Le psaume nous invite à contempler les œuvres du Seigneur : sa justice demeure à jamais, et ses merveilles révèlent un Dieu de tendresse et de pitié. Il donne nourriture à ses fidèles. Voilà aussi l’esprit qui doit inspirer notre manière de vivre la foi : non pas une application froide des règles, mais une fidélité qui nourrit, soutient et relève la vie, en bref, qui remet debout, qui ressuscite.
Le Christ nous invite à une fidélité profonde : garder le cap de la vérité, mais laisser l’amour éclairer nos décisions. Car une règle qui oublie la personne peut enfermer ; l’amour, lui, cherche un chemin pour la remettre debout. Demandons cette grâce : que notre amour grandisse en discernement, et que notre discernement ne perde jamais la tendresse.
* méditation du 31 octobre 2014, consacrée précisément à Lc 14, 1-6 et au lien entre la loi, la justice et la charité.
Pour celles et ceux qui souffrent et qui se heurtent à l’indifférence, aux procédures ou aux portes fermées : suscite près d’eux des personnes capables de les écouter, de les prendre par la main et de leur ouvrir un chemin. Seigneur, nous te prions.
Pour les responsables politiques, les éducateurs et ceux qui exercent une autorité : donne-leur la sagesse de discerner le bien véritable, afin que les règles et les décisions servent la dignité humaine et la vie de tous. Seigneur, nous te prions.
Pour notre communauté : fais grandir notre amour en connaissance et en clairvoyance ; apprends-nous à dépasser nos habitudes lorsque la charité nous appelle à un geste nouveau. Seigneur, nous te prions.
Pour chacun de nous : délivre-nous de la facilité de juger et de l’indifférence qui se cache parfois derrière les principes ; donne-nous un cœur attentif aux besoins concrets de nos frères et sœurs. Seigneur, nous te prions.
Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...
Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

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