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Vendredi de la 31ème semaine du Temps de l'Eglise

 Mettons-nous en présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ; Seigneur, à notre secours !

 En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé comme dilapidant ses biens. Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.” Le gérant se dit en lui-même : “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte. Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois renvoyé de ma gérance, des gens m’accueillent chez eux.” Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?” Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.” Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris 80.” Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière. »

Nous savons généralement assez bien préparer notre avenir : nous comparons les prix, nous surveillons nos dépenses, nous essayons de mettre un peu d’argent de côté. Et quand une bonne occasion se présente, nous savons parfois faire preuve d’une étonnante rapidité ! Mais prenons-nous autant de soin pour préparer ce qui compte vraiment, ce qui demeure au-delà de nos comptes bancaires et de nos assurances ?

L’Évangile d’aujourd’hui nous raconte une histoire assez déconcertante. Un intendant est pris en faute et va perdre son emploi. Il comprend que son avenir est compromis et se met immédiatement à chercher une solution. Il utilise l’argent et les biens dont il dispose pour se faire des amis. Jésus ne nous demande évidemment pas d’imiter sa malhonnêteté. Ce qu’il souligne, c’est son intelligence de la situation, sa capacité à ne pas rester passif devant l’avenir qui se prépare.

Et Jésus ajoute cette remarque qui devrait nous interpeller : les fils de ce monde sont souvent plus habiles dans leurs affaires que les fils de lumière dans les affaires du Royaume. Nous savons être inventifs lorsqu’il s’agit de défendre nos intérêts, de gagner du temps ou d’assurer notre confort. Mais sommes-nous aussi inventifs pour faire le bien, créer des liens, partager, construire la fraternité ?

Le pape François, commentant cette parabole, nous donne une clé magnifique : « Les personnes valent plus que les choses et comptent plus que les richesses possédées »*. Il nous invite à transformer nos biens en relations. L’argent, le temps, les compétences, les possibilités que nous avons ne sont pas seulement des ressources à conserver : ils peuvent devenir des instruments pour rapprocher les personnes et faire grandir la solidarité.

La lettre aux Philippiens nous donne la perspective qui éclaire tout cela : « Nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux. » Notre véritable avenir est auprès du Christ, qui transformera notre condition humaine pour la rendre semblable à la sienne. Cela ne signifie pas que la terre ne compte pas. Au contraire : puisque notre demeure définitive est auprès de Dieu, nous sommes appelés à vivre dès maintenant selon les valeurs de cette demeure : le partage, la justice, la fidélité et l'amour. Dit de façon très simple : faire que notre terre devienne déjà un peu le paradis ...

Le psaume chante la joie de monter vers Jérusalem, la maison du Seigneur. Nous sommes des pèlerins, en route vers une demeure qui ne passe pas. Et tout ce que nous faisons aujourd'hui peut déjà préparer cette rencontre.

Alors, une question toute simple : si nous mettions autant d'énergie à construire des relations qu'à organiser nos sécurités matérielles, à quoi ressemblerait notre vie ? Peut-être est-ce cela, être habile selon l'Évangile : comprendre que le meilleur investissement est celui qui fait grandir l'amour. Car, au bout du chemin, ce ne sont pas nos possessions qui nous accueilleront, mais les liens que nous aurons tissés et l'amour que nous aurons donné. Comme aimait à dire ma grand-mère : "on n'a jamai vu un coffre-fort suivre un corbillard"

* Angélus du 22 septembre 2019

Pour ton Église, pèlerine sur les chemins du monde : qu'elle ne place pas sa confiance dans les richesses qui passent, mais qu'elle sache transformer les dons reçus en chemins de fraternité et en signes de ton Royaume. Seigneur, nous te prions.

Pour les peuples déchirés par les inégalités et la convoitise : que les richesses de la terre deviennent un pain partagé, que les murs de l'indifférence s'écroulent et que grandisse entre les hommes une véritable solidarité. Seigneur, nous te prions.

Pour ceux qui cherchent leur chemin, qui s'inquiètent de leur avenir ou qui ont perdu confiance : que ta lumière éclaire leur route et que des frères attentifs leur ouvrent des portes d'espérance. Seigneur, nous te prions.

Pour notre communauté : apprends-nous à ne pas enfouir les talents reçus, mais à les faire fructifier ; que notre temps, nos biens et nos compétences deviennent des semences de joie et de communion. Seigneur, nous te prions.

Pour chacun de nous : garde nos cœurs tournés vers la demeure que tu nous prépares ; fais-nous reconnaître, au milieu des biens qui passent, les trésors qui ne s'usent pas : l'amour donné, le pardon partagé et la fidélité vécue. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père ...

Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie ...

Aujourd'hui, choisis un bien que tu possèdes et transforme-le en occasion de rencontre ou de partage.

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