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Mercredi après l'Épiphanie 

 Mettons-nous en  présence de Dieu : Dieu, viens à mon aide ;  Seigneur, à notre secours !

Aussitôt après avoir nourri les cinq mille hommes, Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, vers Bethsaïde, pendant que lui-même renvoyait la foule. Quand il les eut congédiés, il s’en alla sur la montagne pour prier. Le soir venu, la barque était au milieu de la mer et lui, tout seul, à terre. Voyant qu’ils peinaient à ramer, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il voulait les dépasser. En le voyant marcher sur la mer, les disciples pensèrent que c’était un fantôme et ils se mirent à pousser des cris. Tous, en effet, l’avaient vu et ils étaient bouleversés. Mais aussitôt Jésus parla avec eux et leur dit : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! » Il monta ensuite avec eux dans la barque et le vent tomba ; et en eux-mêmes ils étaient au comble de la stupeur, car ils n’avaient rien compris au sujet des pains : leur cœur était endurci.

Depuis le Foyer de Charité de La Flatière où j'anime une retraite pour les hospitaliers de Lourdes du diocèse d'Annecy, sur le thème : 'Laisse-toi aimer"

Quand on est hospitalier, on sait aimer… enfin, on sait faire beaucoup de choses : porter, pousser, accompagner, veiller, servir, donner du temps, de l’énergie, parfois même du sommeil. Mais se laisser aimer… ça, c’est une autre affaire. Et c’est la même chose quand nous aidons des personnes qui n’ont pas toujours eu des problèmes de santé.  Elles ont beaucoup fait et c’est un travail immense que d’apprendre, d’accepter de se laisser faire.  Vous hospitaliers, vous savez très bien tenir une civière, mais comme pour chacun de nous, lâcher prise dans les bras de Dieu, nous ne sommes jamais que des débutants … Et pourtant, c’est exactement là que commence la vie spirituelle.

Saint Jean nous rappelle une vérité fondatrice : « Puisque Dieu nous a tant aimés, nous devons nous aimer les uns les autres. » Il ne dit pas : Aimez, et Dieu vous aimera. Il dit : Dieu vous a aimés en premier. Autrement dit, l’amour chrétien n’est jamais une performance. Il n’est même pas le fruit de notre bonne volonté. Il est une réponse. Dans le service à Lourdes, il peut parfois y avoir une tentation discrète : penser que l’on vaut quelque chose par ce que l’on fait. Et donc, si un jour on se retrouve de l’autre côté – ce qui arrive, alors, on ne vaut plus rien. Or, la foi nous rappelle que nous sommes aimés avant d’être utiles. Dieu ne t’aime pas parce que tu sers. Mais, tu sers, tu dois servir, nous dit Jean, parce que Dieu t’aime. Et parfois, Dieu doit nous arrêter un peu pour nous rappeler que nous ne sommes pas seulement des mains, mais aussi des cœurs à aimer.

Dans l’Évangile, les disciples rament. Vent contraire. Nuit. Fatigue. Jésus les a envoyés… mais il n’est pas dans la barque. Situation bien connue des hospitaliers : on obéit, on sert, on avance… et parfois on se demande : « Seigneur, tu es sûr que tu es avec nous ? » Ma première année comme responsable d’un pèlerinage de valides à Lourdes, j’étais un bébé-prêtre.  J'étais assez relax, puisque j'y allais avec des gens en bonne santé.  Un pèlerin fait un malaise, on l'emmène à Maire Saint-Frai et le voilà parti au ciel.  "Franchement, Seigneur, pour commencer cette mission, tu me laisses seul ; pas très sympa" …  Et pourtant, Jésus voit. Il prie. Il rejoint les disciples au cœur de la tempête. Il ne supprime pas immédiatement le vent. Il se manifeste au milieu de la peur. L’amour de Dieu ne nous évite pas les tempêtes, mais il nous empêche d’y être seuls. Et donc le cœur du problème n’est pas la mer agitée, mais la peur qui empêche de reconnaître Jésus.

Saint Jean ose une parole très forte : « Il n’y a pas de crainte dans l’amour. » Cela ne veut pas dire que nous ne tremblons jamais. Cela veut dire que la peur n’a pas le dernier mot. Pour beaucoup de serviteurs, la peur se glisse discrètement : peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas tenir, peur de s’user, peur de ne plus aimer comme avant. Et Jésus vient dire : « Confiance ! C’est moi. N’ayez pas peur. » Autrement dit : Laisse-toi aimer, même quand tu es fatigué, laisse-toi aimer, même quand tu doutes, laisse-toi aimer, même quand tu n’as plus rien à donner.

Les disciples rament toute la nuit… Jésus arrive à pied. Comme quoi, quand on laisse Dieu agir, il trouve toujours un autre chemin !

 Pour l’Église, afin qu’elle soit toujours un signe crédible de l’amour sans peur que Dieu porte à l’humanité. Seigneur, nous te prions.

Pour tous les hospitaliers et bénévoles, afin que leur service soit nourri par la prière et soutenu par la certitude d’être aimés de Dieu. Seigneur, nous te prions.

Pour les malades, les personnes fragiles, découragées ou isolées, afin qu’elles fassent l’expérience de la tendresse de Dieu à travers des gestes simples. Seigneur, nous te prions.

Pour chacun de nous en retraite, afin que nous osions déposer nos peurs et nous laisser rejoindre par le Christ dans nos tempêtes intérieures. Seigneur, nous te prions.

Tournons nos regards vers le Père qui a créé ce monde ; monde que nous déréglons si souvent en ne le respectant pas : Notre Père …


Et que Marie, la Vierge des Pauvres, Notre-Dame des sinistrés, soit aujourd’hui encore source de compassion : Je vous salue Marie …

Aujourd’hui, prendre un vrai temps gratuit avec Dieu (sans objectif, sans service, sans efficacité). Simplement lui dire : « Seigneur, me voici. Aime-moi. » Et accepter… de ne rien faire d’autre.

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